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Le coping centré sur l'émotion : traiter ce que vous ressentez avant d'agir

Par la rédaction de Personaramic6 min de lecture
Illustration minimaliste avec les mots COPING CENTRÉ SUR L'ÉMOTION sur un insigne géométrique

Coping centré sur l’émotion : ressentir avant d’agir

Le coping centré sur l’émotion est le second grand style du modèle classique de Richard Lazarus et Susan Folkman (1984) : face à une difficulté, le premier mouvement n’est pas d’agir sur la cause, mais de réguler la réponse émotionnelle que cette cause provoque.

Si vous voulez savoir lequel des quatre styles prédomine chez vous, vous pouvez l’explorer avec notre test de gestion du stress.

D’où ça vient : réguler avant de résoudre

Lazarus et Folkman ne présentaient pas ce style comme une alternative inférieure au coping centré sur le problème. Ils le décrivaient comme une stratégie tout aussi légitime, particulièrement nécessaire quand la situation n’admet pas de solution directe et immédiate.

Réinterpréter ce qui s’est passé, en chercher le côté le plus gérable ou se donner le temps de traiter ce que l’on ressent sont des formes de coping tout aussi réelles que n’importe quelle action pratique.

Une nuance à connaître : l’évitement en faisait aussi partie

Dans le Ways of Coping, le questionnaire avec lequel Folkman et Lazarus ont étudié le coping au milieu des années quatre-vingt, les huit échelles se répartissaient ainsi : deux centrées sur le problème (coping confrontant et planification) et plusieurs centrées sur l’émotion, parmi lesquelles la distanciation et la fuite-évitement (Folkman et al., 1986). Autrement dit, dans le modèle original, éviter était une forme de coping émotionnel.

Avec les années, la recherche a constaté que cette étiquette réunissait des choses très différentes. Roth et Cohen (1986) ont proposé d’ordonner le coping selon un autre axe, approche contre évitement, et le COPE de Carver, Scheier et Weintraub (1989) a séparé des échelles comme la réinterprétation positive, l’acceptation ou l’expression des émotions, d’une part, du déni et du désengagement, d’autre part. Annette Stanton et son équipe (2000) sont allées plus loin : elles ont montré que de nombreux items « émotionnels » mesuraient en réalité la détresse, et ont construit une échelle de coping par approche émotionnelle, qui, elle, était associée à une meilleure adaptation.

Quand notre test parle de ce style, il désigne ce versant d’approche : regarder l’émotion en face pour pouvoir travailler avec elle. Le versant d’éloignement a son propre article, celui du coping évitant.

Ce qui se voit de l’extérieur

  • Besoin de traiter avant de décider : agir immédiatement sans avoir d’abord compris ce que l’on ressent peut sembler précipité.
  • Réinterprétation active : chercher une autre façon de voir la situation qui la rende plus supportable, sans nier ce qui s’est passé, souvent en en parlant ou en l’écrivant.
  • Moindre urgence à « faire quelque chose » : le calme arrive souvent plus vite par la voie émotionnelle que par l’action immédiate.

Prenons quelqu’un qui apprend le diagnostic médical d’un proche, une chose qu’il ne peut ni changer ni accélérer. Plutôt que de chercher le soir même un second avis, il a besoin de plusieurs jours pour l’assimiler, d’en parler à une personne de confiance, voire d’écrire ce qu’il ressent, avant d’être en mesure d’accompagner utilement son proche.

Agir avant ce processus n’aurait rien accéléré. Cela aurait seulement ajouté du bruit à un moment qui demandait autre chose.

Quelles stratégies émotionnelles sont les mieux étayées

Toutes les façons de réguler une émotion ne se valent pas. La méta-analyse d’Amelia Aldao, Susan Nolen-Hoeksema et Susanne Schweizer (2010), portant sur 114 études, a comparé six stratégies et leur lien avec des symptômes d’anxiété, de dépression, de troubles alimentaires et de consommation de substances :

  • La rumination (ressasser encore et encore le mal-être) montrait l’association la plus forte avec les symptômes.
  • L’évitement et la suppression (essayer de ne pas ressentir ou de ne pas montrer l’émotion) montraient des associations d’ampleur moyenne à forte.
  • La réinterprétation et l’acceptation montraient des associations faibles à moyennes, dans le sens protecteur.

La lecture de la rédaction : ce qui distingue un coping émotionnel utile d’un coping qui s’enlise, ce n’est pas le temps consacré à l’émotion, mais ce que l’on en fait. Réinterpréter et accepter font avancer ; ruminer fait tourner sur place.

Accepter sans se résigner

L’idée qu’accepter ce que l’on ressent n’équivaut pas à abandonner circule aussi dans la vulgarisation sur la présence et la pleine conscience. Eckhart Tolle, dans Le pouvoir du moment présent (1997), la résume ainsi : une bonne partie de la souffrance ajoutée vient du « ceci ne devrait pas arriver » répété mentalement. C’est un livre de spiritualité grand public, pas une étude, mais son intuition rejoint ce que les données associent à l’acceptation : cesser de lutter contre l’émotion n’empêche pas d’agir ensuite sur ce qui peut être changé.

Quand cette stratégie est la plus utile

La recherche formule cela comme l’hypothèse de l’ajustement (goodness of fit) : une stratégie fonctionne mieux quand elle correspond au degré de contrôle que l’on a sur la situation. Face à des facteurs de stress qui ne dépendent pas de ses propres actions (une perte, une maladie, une décision prise par quelqu’un d’autre), réguler l’émotion soulage généralement davantage que s’obstiner à « régler » quelque chose qui n’a pas de solution pratique immédiate.

La méta-analyse de Cecilia Cheng, Hi-Po Lau et Man-Pui Chan (2014), portant sur plus de 58 000 participants, a montré que la flexibilité du coping, savoir changer de stratégie selon la situation, est associée à une meilleure adaptation (r = 0,23). Les associations les plus nettes apparaissaient justement quand on mesurait l’ajustement entre la stratégie et la situation.

C’est pourquoi traiter d’abord n’est pas un détour : quand l’action n’est pas encore possible, c’est la façon d’affronter le problème que la situation permet, et elle ouvre souvent ensuite la voie à des décisions plus claires.

Cet article est un contenu de vulgarisation et ne remplace pas l’évaluation d’un professionnel de la santé mentale.

Sources

  • Aldao, A., Nolen-Hoeksema, S. et Schweizer, S. (2010). Emotion-regulation strategies across psychopathology: A meta-analytic review. Clinical Psychology Review, 30(2), 217-237. doi:10.1016/j.cpr.2009.11.004
  • Carver, C. S., Scheier, M. F. et Weintraub, J. K. (1989). Assessing coping strategies: A theoretically based approach. Journal of Personality and Social Psychology, 56(2), 267-283. doi:10.1037/0022-3514.56.2.267
  • Cheng, C., Lau, H.-P. B. et Chan, M.-P. S. (2014). Coping flexibility and psychological adjustment to stressful life changes: A meta-analytic review. Psychological Bulletin, 140(6), 1582-1607. doi:10.1037/a0037913
  • Folkman, S., Lazarus, R. S., Dunkel-Schetter, C., DeLongis, A. et Gruen, R. J. (1986). Dynamics of a stressful encounter: Cognitive appraisal, coping, and encounter outcomes. Journal of Personality and Social Psychology, 50(5), 992-1003. doi:10.1037/0022-3514.50.5.992
  • Lazarus, R. S. et Folkman, S. (1984). Stress, appraisal, and coping. Springer.
  • Roth, S. et Cohen, L. J. (1986). Approach, avoidance, and coping with stress. American Psychologist, 41(7), 813-819. doi:10.1037/0003-066X.41.7.813
  • Stanton, A. L., Kirk, S. B., Cameron, C. L. et Danoff-Burg, S. (2000). Coping through emotional approach: Scale construction and validation. Journal of Personality and Social Psychology, 78(6), 1150-1169. doi:10.1037/0022-3514.78.6.1150
  • Tolle, E. (1997). The Power of Now. Namaste Publishing.

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Questions fréquentes

Le coping centré sur l'émotion, est-ce la même chose qu'éviter le problème ?

Pas exactement, même si les deux se recoupent. Dans le questionnaire original de Lazarus et Folkman, la distanciation et la fuite-évitement comptaient parmi les formes de coping centré sur l'émotion. La recherche ultérieure a distingué les formes qui vont vers l'émotion (réinterpréter, accepter, exprimer) de celles qui s'en éloignent (éviter, réprimer). Cet article, comme notre test, parle des premières ; l'évitement a son propre article.

Quand ce style est-il le plus utile ?

Surtout quand le facteur de stress n'est pas contrôlable : une perte, une maladie, une décision d'autrui. C'est ce qu'on appelle l'hypothèse de l'ajustement : une stratégie donne de meilleurs résultats quand elle correspond à ce que la situation permet de changer.

Avoir besoin de traiter avant d'agir est-il un signe de faiblesse ?

Non. C'est une forme de coping aussi légitime que le fait d'agir d'abord. Ce que la recherche associe à de moins bons résultats, ce n'est pas le fait de traiter l'émotion, mais de tourner en rond autour d'elle (rumination) ou d'essayer de ne pas la ressentir (suppression).

Quelles stratégies émotionnelles sont les mieux étayées ?

La réinterprétation (voir la situation sous un autre angle sans la nier), l'acceptation et l'expression émotionnelle orientée vers un but, comme en parler ou l'écrire. La rumination et la suppression apparaissent associées à davantage de mal-être dans les méta-analyses.

Ce résultat est-il un diagnostic ?

Non. C'est une approche indicative et de vulgarisation, pas une échelle clinique validée.