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Style d'apprentissage

Qu'est-ce que l'intégration cérébrale, selon Daniel Siegel ?

Par la rédaction de Personaramic7 min de lecture
Illustration minimaliste de deux formes circulaires entrelacées, représentant l'intégration des deux hémisphères du cerveau

Le psychiatre Daniel J. Siegel et la psychothérapeute Tina Payne Bryson, dans leur livre Le cerveau de votre enfant (2011), prennent comme point de départ la spécialisation hémisphérique étudiée par Roger Sperry : les deux hémisphères du cerveau ne font pas exactement la même chose.

Mais leur apport va un pas plus loin en posant une question très pratique : que se passe-t-il quand ces deux hémisphères ne travaillent pas bien coordonnés, et que peut-on faire pour les aider à fonctionner ensemble ?

Un cerveau logique et un cerveau qui ressent

Siegel et Bryson décrivent l’hémisphère gauche comme le côté qui désire et apprécie l’ordre : il est logique, littéral et linéaire, et organise l’information en séquences sensées.

L’hémisphère droit, à l’inverse, est holistique et non verbal : il envoie et reçoit des signaux comme les expressions faciales, le ton de la voix ou les gestes, et s’occupe surtout de l’impression générale d’une expérience (son sens et sa sensation), en se spécialisant dans les images, les émotions et les souvenirs personnels.

Ils le résument par une formule facile à retenir : le cerveau gauche se soucie de la lettre de la règle ; le droit, de son esprit.

Une simplification utile, pas une carte exacte

Ce partage est didactique. La neuroscience actuelle décrit la latéralisation comme une question de degré : le langage repose surtout sur des réseaux de l’hémisphère gauche chez la plupart des gens, mais le droit participe à l’intonation et au sens du discours, et les deux interviennent dans l’émotion. Une étude portant sur 1 011 personnes n’a trouvé aucun individu globalement « cerveau gauche » ou « cerveau droit » : la latéralisation est une propriété locale de certains réseaux (Nielsen et al., 2013). La métaphore de Siegel et Bryson sert de guide pour l’éducation, pas de description anatomique.

Pourquoi le droit domine dans l’enfance

Du point de vue du développement, chez les très jeunes enfants, surtout pendant les trois premières années, l’hémisphère droit prédomine : ils ne maîtrisent pas encore la logique ni le langage nécessaires pour mettre des mots sur ce qu’ils ressentent, et vivent de façon bien plus intense le présent immédiat.

Ce point repose sur un appui empirique concret. Chiron et al. (1997) ont mesuré le débit sanguin cérébral au repos chez des enfants et observé qu’entre un et trois ans celui de l’hémisphère droit prédomine ; à partir de trois ans, l’asymétrie bascule vers le gauche, au moment même où les capacités de langage décollent.

La capacité à utiliser la pensée logique et séquentielle de l’hémisphère gauche se développe progressivement, ce qui se remarque en pratique, par exemple, quand un jeune enfant commence à demander « pourquoi ? » avec insistance.

Les deux rives : l’inondation émotionnelle et le désert émotionnel

Le corps calleux, cette même structure qu’a étudiée Sperry en la sectionnant chirurgicalement dans ses expériences, est ce qui permet aux deux hémisphères de travailler en équipe dans un cerveau sain.

Siegel et Bryson comparent le fait de vivre en n’utilisant qu’un seul hémisphère à nager avec un seul bras : c’est possible, mais bien moins efficace qu’utiliser les deux à la fois, et le résultat tend à être de tourner en rond plutôt que d’avancer.

Deux extrêmes problématiques

Quand cette coordination échoue, Siegel et Bryson décrivent deux extrêmes tout aussi problématiques.

Si l’hémisphère droit domine excessivement, la personne peut se sentir submergée par une inondation émotionnelle : images, sensations corporelles et émotions intenses sans aucun ordre logique pour les contenir.

Si, à l’inverse, le gauche domine excessivement, apparaît le désert émotionnel : un excès de littéralité et de distance, où les émotions réelles se retrouvent niées ou minimisées au nom d’une logique froide.

La rivière du bien-être

L’objectif, selon les auteurs, n’est pas qu’un hémisphère gagne, mais l’intégration horizontale : que la logique et l’ordre du côté gauche travaillent aux côtés de la richesse émotionnelle et expérientielle du côté droit, plutôt que l’un s’impose à l’autre.

Siegel et Bryson utilisent une image pour décrire cet équilibre : une rivière du bien-être, avec le chaos sur une rive et la rigidité excessive sur l’autre.

La santé mentale, dans cette métaphore, ne consiste pas à atteindre un point fixe, mais à avancer en continu au centre de cette rivière, sans s’échouer sur aucune des deux rives.

L’autre intégration : le cerveau du haut et celui du bas

Le livre ne s’arrête pas aux deux hémisphères. Siegel et Bryson décrivent aussi une intégration verticale, entre ce qu’ils appellent le « cerveau du bas » (des structures plus profondes, impliquées dans les réactions rapides, les émotions intenses et l’alarme) et le « cerveau du haut » (le cortex, impliqué dans la planification, la régulation des émotions et la capacité à se mettre à la place de l’autre).

Leur constat : le cerveau du haut est celui qui met le plus de temps à mûrir, et c’est pourquoi une colère ne se règle pas en demandant à un enfant de trois ans une autorégulation que son cortex ne peut pas encore assurer.

Se connecter avant de raisonner

Les auteurs décrivent une stratégie pratique pour aider quelqu’un (un enfant, mais aussi n’importe quelle personne) piégé dans une inondation émotionnelle de l’hémisphère droit : se connecter avant de rediriger.

Avant d’essayer de raisonner, d’expliquer ou de corriger, ils proposent de valider d’abord ce que ressent l’autre personne, avec des gestes, un ton de voix et une présence, ce même langage non verbal que maîtrise l’hémisphère droit.

Ce n’est qu’ensuite, quand la personne se sent déjà comprise et que son activation émotionnelle a baissé, qu’il devient pertinent d’introduire la logique, l’explication ou la correction, en s’adressant alors, oui, à l’hémisphère gauche.

Dans leur lecture, essayer de raisonner avant de se connecter échoue généralement parce qu’on parle au mauvais hémisphère au mauvais moment.

La stratégie qui complète cette idée dans le livre consiste à « nommer pour apaiser » : aider à raconter avec des mots ce qui s’est passé, afin que le récit ordonné du gauche donne forme à ce que le droit a vécu comme sensation. Nous la développons à part dans mettre des mots sur ce que vous ressentez.

Pourquoi cette idée rejoint le modèle de Herrmann

Cette même distinction entre un traitement plus logico-séquentiel et un autre plus émotionnel-holistique est l’idée sur laquelle le consultant Ned Herrmann avait construit, des décennies plus tôt, son modèle de dominance cérébrale, qui décrit des styles de penser et d’apprendre à partir de cette même spécialisation hémisphérique (lui aussi comme métaphore, pas comme carte).

Là où Herrmann traduit cette spécialisation en quatre styles de pensée appliqués au travail et à l’apprentissage, Siegel et Bryson restent à un niveau plus élémentaire et plus proche du quotidien : moins la question de savoir quel style prédomine chez chaque personne que celle de savoir si les deux côtés collaborent, à un moment donné, ou fonctionnent de façon isolée.

Siegel et Bryson développent cela en pensant surtout à l’éducation des enfants, mais l’idée de fond, qu’apprendre et bien fonctionner exige de coordonner les deux côtés du cerveau plutôt que de laisser l’un dominer l’autre, n’est pas propre à l’enfance : elle reste pertinente pour comprendre comment nous apprenons et gérons ce que nous ressentons à l’âge adulte, un terrain que nous développons plus en détail en parlant de la conscience de soi émotionnelle.

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Sources

  • Chiron, C. et al. (1997). The right brain hemisphere is dominant in human infants. Brain, 120(6), 1057-1065. doi:10.1093/brain/120.6.1057
  • Herrmann, N. (1996). The Whole Brain Business Book. McGraw-Hill.
  • Nielsen, J. A., Zielinski, B. A., Ferguson, M. A., Lainhart, J. E. et Anderson, J. S. (2013). An evaluation of the left-brain vs. right-brain hypothesis with resting state functional connectivity magnetic resonance imaging. PLoS ONE, 8(8), e71275. doi:10.1371/journal.pone.0071275
  • Siegel, D. J. et Bryson, T. P. (2011). The Whole-Brain Child: 12 Revolutionary Strategies to Nurture Your Child’s Developing Mind. Delacorte Press.
  • Sperry, R. W. (1982). Some effects of disconnecting the cerebral hemispheres. Science, 217(4566), 1223-1226.

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Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'intégration horizontale du cerveau ?

Le terme employé par le psychiatre Daniel Siegel pour décrire la coordination entre l'hémisphère gauche (logique, verbal, séquentiel) et le droit (émotionnel, non verbal, lié à l'expérience), de sorte que les deux travaillent ensemble au lieu que l'un domine sur l'autre.

Pourquoi l'hémisphère droit prédomine-t-il chez les jeunes enfants ?

Parce qu'ils ne maîtrisent pas encore bien la capacité d'utiliser la logique et le langage pour exprimer leurs sentiments, et qu'ils vivent bien davantage ancrés dans le présent et l'expérience immédiate, des fonctions typiquement associées à l'hémisphère droit.

Que se passe-t-il quand un seul hémisphère domine trop ?

Si le droit domine excessivement, la personne peut se sentir submergée par des émotions et des images sans aucun ordre logique (ce que Siegel appelle « l'inondation émotionnelle »). Si le gauche domine excessivement, elle peut tomber dans un excès de littéralité et de distance émotionnelle (le « désert émotionnel »), niant ou minimisant ce qu'elle ressent.

Cela ne concerne-t-il que l'enfance ?

Siegel le développe surtout dans le contexte de l'éducation des enfants, mais le mécanisme de fond (coordonner le traitement logique et émotionnel pour ne rester bloqué dans aucun des deux extrêmes) décrit un équilibre qui reste pertinent à l'âge adulte.