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Pourquoi deux inconnus élevés dans la même maison finissent par ne se ressembler en rien

Par Rafa Personaramic4 min de lecture
Illustration organique minimaliste de deux silhouettes sombres presque identiques, l'une reflet spéculaire de l'autre

Deux jumeaux identiques, séparés à la naissance et élevés par des familles qui ne se sont jamais connues, se ressemblent en QI presque autant que deux frères ayant grandi sous le même toit. Et deux inconnus, sans lien génétique, adoptés bébés dans la même famille, terminent leur vie adulte en ne se ressemblant presque pas du tout en QI.

Cela ressemble à un ordre inversé.

Ce n’en est pas un.

Et c’est précisément ce croisement de données, contre-intuitif à première vue, qui a fait des études de jumeaux l’un des outils les plus cités pour comprendre d’où vient le facteur g.

Le plan de recherche : comparer ce qui est partagé et ce qui ne l’est pas

Le psychologue Arthur Jensen explique dans The g Factor (1998) pourquoi certaines paires de personnes s’avèrent particulièrement précieuses pour la science :

  • Les jumeaux monozygotes (identiques) partagent cent pour cent de leurs gènes.
  • Les jumeaux dizygotes (faux jumeaux) partagent, en moyenne, cinquante pour cent, comme n’importe quelle paire de frères et sœurs.
  • Les personnes adoptées, élevées avec des frères et sœurs sans lien génétique, partagent l’environnement familial mais pas les gènes.

En croisant ces groupes (élevés ensemble, élevés séparément, avec ou sans lien génétique), il est possible d’estimer, au niveau de la population, quelle proportion des différences de QI entre individus tend à s’expliquer par la génétique et quelle part par l’environnement familial partagé.

Des chiffres qui ne correspondent pas à l’intuition

Jensen rassemble les corrélations moyennes, pondérées par le nombre de paires étudiées dans des dizaines de recherches différentes. Voici les plus révélatrices :

  • Jumeaux identiques élevés ensemble : corrélation de +0,86.
  • Jumeaux identiques élevés séparément : corrélation de +0,75.
  • Faux jumeaux élevés ensemble : corrélation de +0,60.
  • Frères et sœurs biologiques communs élevés ensemble : corrélation de +0,49.
  • Personnes sans lien génétique élevées ensemble depuis bébés : corrélation de +0,25 dans l’enfance, et de -0,01 (pratiquement zéro) à l’âge adulte.

Lisez-le deux fois si nécessaire : deux jumeaux identiques, qui n’ont jamais partagé une maison, se ressemblent en QI presque autant (+0,75) que deux frères et sœurs biologiques ordinaires ayant grandi ensemble (+0,49). Et deux personnes sans aucun lien génétique, qui ont pourtant partagé maison, parents et routine depuis bébés, finissent adultes sans aucune corrélation mesurable entre elles.

Ce que ce schéma suggère sur le rôle de la famille

Ici, il faut avancer prudemment, car il est facile de tirer une conclusion plus simpliste que ce que les données permettent.

Ce que suggère ce schéma n’est pas que le foyer familial soit sans importance. Il suggère quelque chose de plus précis : son poids sur la ressemblance en QI entre frères et sœurs semble diminuer avec l’âge.

  • Dans l’enfance, même des enfants sans lien génétique élevés ensemble montrent une certaine ressemblance en QI (+0,25).
  • Cette ressemblance tombe à pratiquement zéro à l’âge adulte.
  • En même temps, l’héritabilité (la part de variation expliquée par la génétique) tend à augmenter en passant de l’enfance à la vie adulte, selon ce que rapporte Jensen.

Une façon de le comprendre : enfants, l’environnement partagé (la même maison, la même routine, souvent la même école) laisse une empreinte temporaire sur la ressemblance cognitive entre frères et sœurs. Avec le temps, chaque adulte semble « retrouver » son propre niveau, plus aligné sur sa propre génétique que sur la maison où il a grandi.

Ce qu’on ne peut pas en tirer, même si la tentation est grande

Ce type de donnée se prête à des titres plus catégoriques que ce qu’il mérite, alors il convient de fixer clairement les limites :

  • Ce sont des moyennes de population, calculées sur des milliers de paires dans des dizaines d’études. Elles ne permettent de rien prédire sur une famille ou une personne en particulier.
  • Jensen lui-même signale une réserve importante : les jumeaux élevés « séparément » partagent souvent une partie de l’environnement prénatal et des premières semaines ou mois de vie, ce qui peut légèrement gonfler cette corrélation de +0,75. L’estimation est solide, mais pas parfaite.
  • Rien de tout cela ne dit quoi que ce soit sur la personnalité, les valeurs, le bien-être émotionnel ou la qualité du lien affectif avec la famille, des dimensions que ces études, centrées sur le QI, ne mesurent absolument pas.

Ce que ce croisement de données laisse néanmoins, c’est une idée qui vaut la peine d’être digérée : la ressemblance entre deux personnes ayant grandi sous le même toit en dit, étonnamment, moins qu’il n’y paraît sur leur future ressemblance cognitive. Et la ressemblance entre deux personnes qui n’ont jamais partagé un seul dîner ensemble peut en dire beaucoup plus.

Sources

  • Jensen, A. R. (1998). The g Factor: The Science of Mental Ability. Praeger.
  • Bouchard, T. J., Jr., Lykken, D. T., McGue, M., Segal, N. L., & Tellegen, A. (1990). Sources of human psychological differences: The Minnesota study of twins reared apart. Science, 250, 223-228.
  • Bouchard, T. J., Jr., & McGue, M. (1981). Familial studies of intelligence: A review. Science, 212, 1055-1059.

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Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une étude de « jumeaux élevés séparément » exactement ?

C'est un plan de recherche qui compare des jumeaux identiques (génétiquement identiques) séparés bébés et élevés dans des familles différentes. Comme ils partagent cent pour cent de leurs gènes mais pas l'environnement familial, la ressemblance qu'ils montrent à l'âge adulte permet d'estimer quelle part d'un trait, comme le QI, tend à s'expliquer par la génétique au niveau de la population.

À quel point ces jumeaux se ressemblent-ils réellement en QI ?

Selon les données que rapporte Arthur Jensen dans The g Factor (1998), la corrélation moyenne entre jumeaux identiques élevés séparément est de +0,75, très proche de celle de +0,86 entre jumeaux identiques élevés ensemble, et nettement plus élevée que celle de personnes sans lien génétique ayant grandi dans la même maison.

Cela signifie-t-il que l'environnement familial n'a aucune importance ?

Non. L'étude montre que son poids diminue fortement, concrètement pour la ressemblance en QI entre adultes sans lien génétique ayant grandi ensemble. Cela ne dit pas que la famille est sans importance pour le bien-être, la personnalité, les valeurs ou le lien affectif, des aspects que ce type d'étude ne mesure pas.

Cela permet-il de prédire le QI de mes propres enfants ou le mien à partir de ma famille ?

Non. Ce sont des estimations statistiques au niveau de la population, obtenues à partir de moyennes sur des milliers de paires de frères, jumeaux et personnes adoptées. Elles ne permettent ni de prédire ni de diagnostiquer le QI d'une personne ou d'une famille en particulier.