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Style expressif

Que dit votre dessin de famille, selon la méthode de Corman (et que dit la recherche réelle)

Par Elena Personaramic7 min de lecture
Illustration minimaliste de trois cercles de taille différente, l'un à côté de l'autre

Dessinez une famille.

Pas la vôtre. Une que vous imaginez.

C’est la consigne qu’un médecin français a modifiée en 1964.

Et ce changement, selon lui, ouvrait une porte que la consigne précédente maintenait fermée.

L’origine : deux médecins, deux consignes

Maurice Porot a créé le test en 1952.

Sa consigne était simple : « Dessine ta famille. »

Louis Corman l’a modifiée en 1964.

Sa consigne : « Dessine une famille, une famille que tu imagines. »

La différence paraît petite. Elle ne l’est pas.

  • Demander la famille réelle limite le dessin à un portrait.
  • Demander une famille imaginée laisse de la place à l’inconscient.

Corman pensait que ce flou délibéré laissait sortir des tendances que le sujet ne contrôle pas.

Notre test suit exactement cette consigne de Corman, pas celle de Porot.

Comment s’applique le test réel

Le matériel est minimal :

  • Une feuille blanche.
  • Un crayon.
  • Une gomme.
  • Aucune règle ni gabarit.

Après le dessin vient la partie que beaucoup oublient : l’entretien.

Questions typiques :

  • Où sont-ils ?
  • Que font-ils là ?
  • Qui est le plus heureux ? Pourquoi ?
  • Qui est le moins heureux ? Pourquoi ?
  • Si vous faisiez partie de cette famille, qui seriez-vous ?

Sans cet entretien, selon les défenseurs de la méthode eux-mêmes, le dessin perd la moitié de son information.

Les quatre plans de Corman

Corman ne regardait pas le dessin d’un seul coup d’œil. Il le décomposait en quatre couches :

  1. Plan graphique. Force du trait, rythme, quelle zone de la feuille est utilisée.
  2. Plan structural. Comment les personnages se situent les uns par rapport aux autres dans l’espace.
  3. Plan du contenu. Qui est valorisé, qui est dévalorisé, qui est omis.
  4. Interprétation psychanalytique. L’arrière-plan symbolique de tout ce qui précède.

Le cœur de son système se situe dans le troisième plan : valorisation et dévalorisation.

Le concept central : la valorisation

Corman croyait ceci : l’ordre et la taille trahissent qui vous valorisez le plus.

Sa logique, point par point :

  • Le personnage auquel vous pensez en premier est celui que vous dessinez en premier.
  • Ce personnage finit généralement plus grand que les autres, en gardant les proportions.
  • Il est souvent mieux fini : plus de détails, plus de soin.
  • Il apparaît parfois à côté d’une figure puissante (un père, une mère).

Et l’inverse, la dévalorisation :

  • Le personnage dévalorisé est dessiné plus petit.
  • Il est placé à la fin, souvent sur un bord de la feuille.
  • Il peut se retrouver loin des autres.
  • Dans les cas les plus extrêmes, il disparaît complètement du dessin.

Corman était prudent sur ce dernier point. Il avertissait qu’omettre quelqu’un ne signifie pas toujours une rivalité grave. Parfois, c’est seulement un désir passager de plus d’attention.

Un tournant inattendu : les animaux

Corman a observé quelque chose de curieux.

Certains enfants, au lieu de personnes, dessinaient des animaux.

Son interprétation :

  • Animal domestique → tendances passives, désir d’être pris en charge.
  • Animal sauvage → tendances agressives.

Parfois, disait Corman, l’animal remplace un frère ou une sœur dont l’enfant veut réduire l’importance.

Tableau récapitulatif : ce que disait Corman contre ce que dit aujourd’hui la recherche

SigneCorman disaitPreuves aujourd’hui
Dessin grandRéponse expansive ou agressive envers l’environnementAucun appui spécifique
Dessin petitInfériorité, insécuritéAucun appui spécifique
Trait épaisPassions puissantes, audaceAucun appui spécifique
Trait finTimidité, inhibitionAucun appui spécifique
OmbrageAnxiétéAucun appui, signe non falsifiable
Se dessine en premierCelui qu’on valorise le plusAucune étude ne l’isole
Figure la plus grandePersonnage valoriséAucun appui spécifique
Distance entre les figuresDistance émotionnelleAucune donnée concluante
Animal domestiqueTendances passivesHypothèse clinique non vérifiée
Animal sauvageTendances agressivesHypothèse clinique non vérifiée

Ce que dit la recherche réelle

La revue la plus citée sur cette famille de techniques est celle de Handler et Habenicht (1994).

Leur conclusion, résumée : l’appui empirique des hypothèses interprétatives complexes de ce type de test reste faible.

Ils ne disent pas que tout est inutile. Ils disent que les affirmations concrètes, signe par signe, ne se vérifient pas bien avec des données.

Une étude de 2021, publiée dans la revue Avaliação Psicológica, a mesuré quelque chose de plus concret : combien d’indicateurs discriminent vraiment entre un groupe clinique et un groupe normatif.

Résultat : seulement 38,46 % des items ont montré une différence statistiquement significative entre les deux groupes.

Autrement dit : la majorité des signes, mis à l’épreuve avec des données réelles, n’ont pas distingué un enfant en difficulté d’un enfant sans difficulté.

Concernant l’ombrage et les ratures, il existe un problème encore plus fondamental.

Handler et Reyher (1965) ont souligné quelque chose de révélateur : ces signes ont servi à expliquer aussi bien la présence d’anxiété que les efforts pour la contrôler.

Cela rend le signe presque impossible à réfuter. N’importe quel résultat « confirme » la théorie.

Un signe qui ne peut jamais échouer n’est pas un signe scientifique. C’est une explication qui s’adapte à tout.

Pourquoi on continue à l’utiliser, malgré tout cela

Aucune de ces critiques n’est nouvelle. Elles sont publiées depuis des décennies.

Et pourtant, le test reste populaire dans la pratique clinique infantile.

Une explication possible : la fiabilité entre évaluateurs est raisonnablement bonne pour des signes concrets et quantifiables (comme la taille d’une figure).

Fiabilité n’est pas synonyme de validité.

Que deux psychologues mesurent la même chose avec précision ne prouve pas que ce « même » prédise quelque chose de réel sur la personnalité.

Comment fonctionne notre test

Notre version mesure 11 indicateurs du système de Corman :

  • 4 se mesurent directement sur votre propre trait : taille, placement, épaisseur du crayon, usage délibéré de l’ombrage.
  • 7 dépendent de ce que vous nous racontez avoir dessiné : qui vous avez dessiné en premier, s’il y a une figure plus grande, si vous avez séparé les parents, si vous avez inclus des animaux, entre autres.

À côté de chacun, le rapport montre ce que disait Corman et ce que dit la recherche réelle, sans choisir l’un des deux et cacher l’autre.

Un avertissement, comme sur le reste de ce site : un trait fait à la souris ne reproduira jamais la pression réelle d’un crayon sur du papier. Il mesure des grandeurs (taille, position, épaisseur choisie), pas la dextérité motrice fine.

Si vous voulez voir ces 11 indicateurs appliqués à votre propre dessin, vous pouvez faire le test de la famille.

Corman a observé que, parfois, un enfant dessine un animal au lieu d’une personne dans la famille : c’est la même substitution qu’étudie en profondeur le test de l’animal de Levy.

Sources

  • Corman, L. (1964). Le test du dessin de famille (symbolisation par un animal des tendances interdites). Canadian Psychiatric Association Journal.
  • Corman, L. (1964). Le test du dessin de famille en pratique médico-pédagogique. Presses Universitaires de France.
  • Porot, M. (1952). Le dessin de la famille. Thèse de doctorat, Université de Lyon.
  • Handler, L., et Habenicht, D. (1994). The Kinetic Family Drawing Technique: A review of the literature. Journal of Personality Assessment, 62(3), 440-464.
  • Handler, L., et Reyher, J. (1965). Figure drawing anxiety indexes: A review of the literature. Journal of Projective Techniques and Personality Assessment, 29(3), 305-313.
  • Klumpp, C. F. B., Vilar, M., Pereira, M., et Andrade, M. S. (2021). Estudo de evidências de validade discriminante para o Desenho da Família Cinética. Avaliação Psicológica, 20(2), 241-252.
  • Wikipédia (anglais) : Kinetic Family Drawing, la technique apparentée créée par Burns et Kaufman en 1970, pour une introduction générale à la méthode.

Questions fréquentes

Qui était Louis Corman ?

Un médecin psychanalyste français qui a publié en 1964 Le test du dessin de famille, une variante du Dessin de la Famille que Maurice Porot avait proposée en 1952. Corman a changé la consigne d'origine (« dessine ta famille ») en « dessine une famille que tu imagines », cherchant une projection plus libre.

Combien de ses indicateurs ont un appui scientifique réel ?

Aucun des 11 que mesure notre test n'a aujourd'hui d'appui empirique cohérent et isolé. La revue la plus citée sur cette famille de techniques (Handler et Habenicht, 1994) conclut que l'appui empirique de ses hypothèses interprétatives complexes est faible dans l'ensemble.

Est-ce la même chose que le Dessin Cinétique de la Famille ?

Non, bien qu'ils soient apparentés. Celui de Corman demande un dessin statique (« dessine une famille »). Le Dessin Cinétique de la Famille, créé par Burns et Kaufman en 1970, demande en plus que chaque personnage apparaisse en train de faire quelque chose. Ils partagent une bonne partie de leur logique interprétative.

Pourquoi le dessin d'une famille dirait-il quelque chose de celui qui le dessine ?

Corman partait d'une idée psychanalytique : n'existant pas une seule façon correcte de dessiner une famille, chaque décision (taille, ordre, qui se retrouve près de qui) révélerait, sans que la personne s'en rende compte, comment elle vit ses propres liens familiaux. C'est une hypothèse raisonnable à première vue, mais mise à l'épreuve avec des données, presque aucune prédiction concrète ne s'est vérifiée.