Ce que dit votre dessin d'un animal, selon la méthode de Levy (mis à l'épreuve avec des données réelles)
Une feuille blanche.
Une seule consigne : dessinez un animal.
Celui que vous voulez.
C’est ainsi que commence une technique publiée en 1958, encore utilisée aujourd’hui en évaluation clinique infantile.
Qui était Levy et pourquoi un animal
Sidney Levy, psychologue.
Sa technique : la Levy Animal-Drawing-Story Technique. Sigle : LADS.
La consigne originale, littérale : « Dessine un animal, s’il te plaît. N’importe quel animal que tu souhaites. »
Vient ensuite une seconde partie : inventer une histoire sur cet animal.
Pourquoi un animal, et non directement une personne ?
L’idée centrale : dessiner un animal permettrait plus de distance émotionnelle.
Moins de censure consciente. Plus de contenu inconscient remontant à la surface.
Le système classique d’interprétation
Levy et ses continuateurs classaient le dessin selon trois axes :
- Type d’animal. Domestique ou sauvage.
- Agressivité. Agressif ou non agressif.
- Ton. Méprisant ou neutre.
À cela s’ajoutaient les aspects expressifs, définis par Emanuel Hammer en 1958 :
- Emplacement (où se trouve le dessin sur la feuille).
- Taille.
- Perspective (de face, de dos, vue de dessus).
- Pression du trait.
- Ombrage.
- Gommage.
Six variables graphiques, chacune avec sa propre lecture classique.
Ce qui rend ce test différent : il existe des données réelles
La plupart des tests de dessin de ce site n’ont que des revues théoriques ou des critiques générales.
Celui-ci a quelque chose de plus : une étude réelle avec des données concrètes.
2020. Espagne. 149 enfants de 6 à 11 ans, dans une étude clinique.
Trois groupes comparés :
- Enfants adoptés à l’international.
- Enfants non adoptés, du même âge.
- Enfants en traitement psychologique.
Les trois ont reçu le même test, avec le même protocole.
L’objectif : voir si les indicateurs classiques de Levy et Hammer distinguaient vraiment ces groupes.
Tableau récapitulatif : ce qui a tenu et ce qui n’a pas tenu
| Indicateur | La méthode disait | Différence réelle entre groupes ? |
|---|---|---|
| Petite taille | Signe émotionnel | Oui (p = 0,001) |
| Ombrage | Anxiété | Oui, la différence la plus forte (p < 0,001) |
| Pression du trait | Tension ou inhibition | Non (p = 0,18) |
| Type d’animal (domestique/sauvage) | Passivité / agressivité | Non (p = 0,37) |
| Agressivité de l’animal | Pulsions agressives propres | Non (p = 0,92) |
| Ton méprisant | Autodévalorisation | Non (p = 0,38) |
| Perspective (de dos) | Évitement | Non (p = 0,75) |
| Perspective (vue de dessus) | Besoin de contrôle | Non (p = 0,40) |
| Gommage | Plus d’anxiété | Oui, mais à l’inverse (p < 0,001) |
Deux indicateurs sur neuf ont montré une différence réelle et dans la direction attendue.
Six n’ont montré aucune différence.
Un a montré une différence réelle, mais contraire à la prédiction.
Le fait le plus frappant : la taille
83 % des enfants en traitement psychologique ont dessiné un animal petit.
Contre 59 % du groupe adopté.
Et 49 % du groupe sans adoption ni traitement.
Une différence statistiquement réelle (F = 7,29 ; p = 0,001).
C’est, des neuf indicateurs, celui qui se rapproche le plus de ce que prédisait Levy.
L’ombrage : la différence la plus forte de toute l’étude
33 % du groupe en traitement psychologique a ombré son dessin.
14 % du groupe non adopté.
9 % du groupe adopté.
C’est la différence la plus marquée de toute l’analyse (F = 33,87 ; p < 0,001).
Important : cela ne prouve pas que l’ombrage « cause » l’anxiété, ni qu’ombrer soit diagnostique chez une personne concrète.
Cela prouve que, dans cet échantillon précis, l’ombrage est apparu plus fréquemment dans le groupe présentant déjà des difficultés identifiées.
Le retournement inattendu : le gommage
Voici le résultat le plus intéressant de l’étude.
La logique classique dit : plus de ratures, plus d’anxiété.
Les données disent autre chose :
- Groupe sans adoption ni traitement : 42 % ont gommé quelque chose.
- Groupe en traitement psychologique : 33 % ont gommé quelque chose.
- Groupe adopté : seulement 11 % ont gommé quelque chose.
Le groupe sans problème identifié est celui qui a le plus gommé.
Une différence réelle (F = 17,71 ; p < 0,001). Mais dans le sens contraire à ce que prédit la théorie classique.
Cela rejoint quelque chose que l’on sait déjà sur l’ombrage dans d’autres techniques de dessin : ce sont des signes qui ont servi à expliquer aussi bien la présence d’un problème que son absence. Cela les rend difficiles à mettre à l’épreuve sérieusement.
Ce qui n’a montré aucune différence
Trois indicateurs centraux du système original de Levy n’ont distingué aucun groupe.
- Type d’animal. L’animal domestique est apparu avec des fréquences presque identiques : de 43 % à 56 % selon le groupe.
- Agressivité. Entre 79 % et 82 % de tous les groupes ont dessiné un animal non agressif, sans différence.
- Perspective. Dessiner de dos ou vu de dessus était aussi rare (ou aussi commun) dans les trois groupes.
Ce sont précisément les indicateurs les plus « symboliques » du système original de Levy.
Les plus graphiques et quantifiables (taille, ombrage) ont bien montré quelque chose.
Comment fonctionne notre test
Nous mesurons 9 indicateurs de cette tradition :
- 4 se mesurent directement sur votre trait : taille, placement, épaisseur du crayon, ombrage.
- 5 dépendent de ce que vous nous racontez avoir dessiné : type d’animal, agressivité, ton, perspective, si vous avez gommé quelque chose.
À côté de chacun, nous montrons ce que disait la méthode et ce que dit l’étude réelle de 2020, sans cacher ni l’un ni l’autre, y compris les résultats qui contredisent la théorie originale.
Un avertissement, comme sur le reste de ce site : un trait fait à la souris ne reproduira jamais la pression réelle d’un crayon sur du papier. Il mesure des grandeurs, pas la dextérité motrice fine.
Une nuance qu’il convient d’expliciter : l’étude de 2020 a été menée avec des enfants orientés vers un traitement psychologique ou en cours de procédure d’adoption, évalués par des professionnels dans un contexte clinique. Notre test est un outil de vulgarisation pensé pour qu’un adulte explore cette tradition par curiosité, pas un instrument de dépistage ni d’évaluation psychologique d’enfants ou d’adolescents. Si le bien-être émotionnel d’un enfant ou d’un adolescent vous préoccupe, il convient de consulter un professionnel de la psychologie infantile, pas d’interpréter un dessin avec ce guide.
Si vous voulez voir ces 9 indicateurs appliqués à votre propre dessin, vous pouvez faire le test de l’animal.
Si vous préférez une version avec trois dessins au lieu d’un seul, le test Maison-Arbre-Personne de Buck part de la même idée de projection appliquée à des objets différents.
Sources
- Ballús, E., Barbosa, P., Sales, A., et Gómez, A. (2020). Adopción y técnicas proyectivas: estudio comparativo con el test del dibujo del animal (LADS). Psicopatología y Salud Mental del Niño y del Adolescente, 35, 69-81.
- Levy, S., et Levy, R. B. (1958). Données normatives, fréquences et symbolisme du dessin d’un animal, sur un échantillon de 7 346 dessins, cités dans Ballús et al. (2020).
- Hammer, E. F. (1958). The Clinical Application of Projective Drawings. Charles C Thomas.
- Maganto Mateo, C. (1990). Test Gráfico del Dibujo de un Animal. TEA Ediciones.
- Motta, R. W., Little, S. G., et Tobin, M. I. (1993). The use and abuse of human figure drawings. School Psychology Quarterly, 8(3), 162-169.
Vous voulez en savoir plus sur vous ?
Découvrez votre résultat avec l'un de nos tests associés.
Questions fréquentes
Qui était Sidney Levy ?
Un psychologue qui a publié en 1958 la technique du dessin et de l'histoire d'un animal (LADS, selon son sigle anglais), une méthode projective demandant de dessiner un animal puis d'inventer une histoire à son sujet.
Pourquoi dessiner un animal et non une personne ?
Dans cette tradition, on soutient que se projeter dans un animal permet plus de distance émotionnelle que se projeter directement dans une figure humaine, facilitant l'expression de contenus qui resteraient sinon plus protégés ou censurés.
Qu'a trouvé l'étude de 2020 ?
Avec 149 enfants de 6 à 11 ans répartis en un groupe adopté, un groupe non adopté et un groupe en traitement psychologique, elle a trouvé de réelles différences entre groupes sur la petite taille du dessin et sur l'ombrage. Le type d'animal (domestique ou sauvage), son agressivité et la perspective du dessin n'ont montré aucune différence réelle.
Pourquoi la gomme a-t-elle donné un résultat inattendu ?
L'étude de 2020 a trouvé une différence réelle sur l'usage de la gomme, mais dans la direction contraire à celle attendue : le groupe sans aucun traitement psychologique a gommé davantage que le groupe en traitement. Cela contredit l'idée classique selon laquelle « plus de ratures » équivaudrait directement à « plus d'anxiété ».