Ce que dit votre dessin d'un arbre, selon la méthode de Koch (et ce que dit la recherche réelle)
Dessinez un arbre.
Le tronc. La couronne. Les racines, si vous voulez.
Cette consigne, en 1949, a donné naissance à l’un des tests de dessin les plus utilisés du XXe siècle.
D’un conseiller d’orientation à un manuel clinique
Avant Koch, il y a eu Emil Jucker.
Un conseiller d’orientation professionnelle suisse. Années 1920.
Jucker demandait déjà de dessiner des arbres pour explorer des traits de personnalité, dans un contexte d’orientation professionnelle, pas clinique.
Karl Koch a repris cette idée et l’a systématisée.
1949 : il publie Der Baumtest en allemand.
1952 : l’édition anglaise paraît.
Sa méthode clé : appliquer des principes de l’analyse de l’écriture manuscrite aux éléments de l’arbre.
Tronc, couronne, branches, racines. Chacun, une variable à interpréter.
Pourquoi un arbre et non une personne
L’idée de Koch : l’arbre serait un symbole particulièrement stable de sa propre image intérieure.
Et n’étant pas une personne, il permettrait de projeter des contenus avec moins de censure consciente qu’un autoportrait.
Chaque décision (taille, forme du tronc, présence de fruits) refléterait quelque chose du sujet, sans qu’il s’en rende compte.
Le catalogue symbolique classique
Quelques-unes des lectures les plus citées dans cette tradition :
- Racines visibles → connexion solide à son propre passé.
- Racines absentes → insécurité, ou simplement la coupe naturelle du papier.
- Grande couronne touffue → vie imaginative et sociale active.
- Petite couronne → introversion.
- Tronc droit → rigidité.
- Tronc courbe → sensibilité, adaptabilité.
- Fruits présents → besoin d’accomplissement.
- Arbre en haut d’une colline → grandiosité ou isolement.
- Arbre dans un creux du terrain → sentiments d’inadéquation.
Un catalogue étendu. Presque aucun élément du dessin n’échappe à l’interprétation.
Le problème : presque rien de tout cela n’a été mis à l’épreuve
Nous avons cherché des études contrôlées pour chacun de ces signes.
Racines, couronne, branches, fruits, forme du tronc : nous n’en avons trouvé aucune qui les confirme avec des données comparant des groupes.
Ce n’est pas qu’ils aient été étudiés et aient échoué, comme c’est le cas pour d’autres techniques de ce site.
C’est que, dans leur majorité, ils n’ont jamais été mis à l’épreuve rigoureusement.
Ce sont des inférences cliniques répétées pendant des décennies, pas des résultats reproduits.
Le tournant : là où quelque chose de réel apparaît
Voici ce qu’il y a d’intéressant dans ce test, différent des autres de ce site.
Quand quelqu’un mesure l’arbre de façon objective et chiffrée, au lieu d’interpréter des symboles, quelque chose apparaît bel et bien.
Deux études récentes le montrent.
2015 : taille de l’arbre et déclin cognitif
Plus de 400 personnes. Des patients atteints de différents types de démence, un déclin cognitif léger, et des témoins sains.
Les chercheurs ont mesuré quelque chose de très simple : quelle proportion de la feuille occupait l’arbre.
Le résultat :
- Patients atteints d’Alzheimer : l’arbre occupait, en moyenne, 3 % de l’espace disponible.
- Témoins sains : l’arbre occupait, en moyenne, 23 %.
Une différence énorme (p < 0,0001).
2025 : une échelle dérivée, pour détecter le risque d’idées suicidaires
Une autre étude, bien plus récente. Des adolescents.
46 avec des idées suicidaires. 58 sans.
En utilisant une échelle de notation dérivée du dessin de l’arbre (pas l’interprétation symbolique libre, mais une échelle fixe d’items) :
- Sensibilité : 0,935.
- Spécificité : 0,966.
- Aire sous la courbe ROC : 0,971.
Des chiffres élevés, propres à un instrument de dépistage à véritable potentiel clinique.
Une précision nécessaire avant de continuer : cette échelle est appliquée par des professionnels formés, dans le cadre d’un processus clinique, pas d’un test de divertissement en ligne. Si vous craignez que vous-même ou un proche soyez en danger, contactez le 3114 (numéro national de prévention du suicide, gratuit et disponible 24h/24 en France) ou le 112 en cas d’urgence.
Pourquoi cela ne valide pas le test que vous connaissez
Ici, il faut être très précis.
Ces deux études ne valident pas l’interprétation symbolique classique de Koch.
Elles ne disent pas que « les racines signifient la sécurité » ou que « une grande couronne signifie la sociabilité ».
Elles disent quelque chose de bien plus circonscrit :
- Une mesure objective et chiffrée (taille par rapport à la feuille).
- Appliquée avec une échelle de notation fixe, pas une interprétation libre.
- Dans une population clinique très précise (suspicion de démence, ou risque suicidaire chez des adolescents).
- Avec pour objectif de dépister un problème spécifique, pas de décrire la personnalité générale.
C’est la différence entre « l’arbre dit quelque chose de votre personnalité » et « cette mesure précise de l’arbre aide un professionnel à décider s’il faut approfondir une suspicion clinique concrète ».
Ce sont des affirmations complètement différentes.
Il existe en outre une nuance propre à l’étude de 2025.
Ses propres auteurs signalent deux limites réelles : l’échantillon était petit (104 adolescents au total) et il n’a pas encore été validé dans d’autres cultures ou pays.
Un chiffre prometteur dans une première étude n’équivaut pas à un instrument déjà validé et prêt à être utilisé dans n’importe quel contexte.
Ce qu’ont en commun les deux études qui fonctionnent
Il vaut la peine de s’arrêter sur ce schéma, car il se répète :
- Les deux utilisent une mesure numérique, pas une interprétation subjective.
- Les deux comparent des groupes définis à l’avance (sain/malade, avec ou sans idées suicidaires), sans essayer de deviner des traits de personnalité isolés.
- Les deux s’appliquent dans un processus clinique plus large, jamais comme unique source de décision.
C’est probablement l’avenir le plus honnête de ce type de techniques : non pas comme catalogue de symboles, mais comme une mesure parmi d’autres, dans une évaluation clinique sérieuse.
Comment fonctionne notre test
Nous mesurons 9 indicateurs de cette tradition :
- 4 se mesurent directement sur votre trait : taille, placement, épaisseur du crayon, ombrage.
- 5 dépendent de ce que vous nous racontez avoir dessiné : racines, couronne, branches, fruits, forme du tronc.
La taille est le seul indicateur avec un peu d’appui réel, et nous le précisons clairement : cet appui est spécifique à un contexte clinique de déclin cognitif, ce n’est pas la preuve qu’un petit arbre révèle votre personnalité générale.
Le reste des indicateurs, l’interprétation symbolique classique, est présenté avec l’affirmation honnête que nous n’avons trouvé aucune étude qui la confirme.
Un avertissement, comme sur le reste de ce site : un trait fait à la souris ne reproduira jamais la pression réelle d’un crayon sur du papier. Il mesure des grandeurs, pas la dextérité motrice fine.
Si vous voulez voir ces 9 indicateurs appliqués à votre propre dessin, vous pouvez faire le test de l’arbre.
L’arbre partage une tradition avec d’autres techniques de dessin de ce site : le test de l’animal de Levy suit une logique de projection similaire, avec un type de preuve réelle différent.
Sources
- Koch, K. (1949). Der Baumtest: Der Baumzeichenversuch als psychodiagnostisches Hilfsmittel. Verlag Hans Huber.
- Stanzani Maserati, M., Matacena, C., Sambati, L., Oppi, F., Poda, R., De Matteis, M., et Gallassi, R. (2015). The Tree-Drawing Test (Koch’s Baum Test): A useful aid to diagnose cognitive impairment. Behavioural Neurology, 2015, 534681.
- Zhang, Y., Liu, Y., Liu, W., Sun, L., Leng, F., Li, Z., et Liu, G. (2025). Validity of the Tree Drawing Test Suicide Ideation Assessment Scale in adolescents. Frontiers in Psychiatry, 16, 1701452.
- Kahill, S. (1984). Human figure drawing in adults: An update of the empirical evidence, 1967-1982. Canadian Psychology, 25, 269-292.
- Wikipédia (anglais) : Baum test, pour une introduction générale à la méthode.
Vous voulez en savoir plus sur vous ?
Découvrez votre résultat avec l'un de nos tests associés.
Questions fréquentes
Qui était Karl Koch ?
Un psychologue qui a publié en 1949 Der Baumtest, systématisant une technique qu'utilisait déjà depuis les années 1920 un conseiller d'orientation professionnelle suisse, Emil Jucker, pour explorer des traits de personnalité à partir d'un arbre dessiné.
L'interprétation symbolique classique de l'arbre a-t-elle un appui scientifique ?
Non, dans sa majorité. Nous n'avons pas localisé d'études contrôlées confirmant les lectures classiques des racines, de la couronne, des branches ou des fruits popularisées par Koch.
N'existe-t-il donc aucune preuve réelle sur ce test ?
Si, mais d'un type différent de celui qu'imaginait Koch : des études récentes (2015 et 2025) trouvent que des mesures objectives et chiffrées, comme la taille de l'arbre par rapport à la feuille, prédisent quelque chose de réel dans des populations cliniques précises (déclin cognitif, risque d'idées suicidaires), pas l'interprétation symbolique de chaque partie de l'arbre.
Ce test peut-il détecter un déclin cognitif ou un risque suicidaire ?
Non. Les études ayant trouvé quelque chose de réel utilisaient des échelles de notation spécifiques, appliquées par des professionnels formés, dans des populations cliniques précises. Notre test est de vulgarisation et ne doit servir à évaluer aucun risque suicidaire, ni le vôtre ni celui d'une autre personne. Si vous craignez qu'une personne soit en danger, en France vous pouvez appeler le 3114 (numéro national de prévention du suicide, gratuit et disponible 24h/24) ou le 112 en cas d'urgence.