Personaramic
Style expressif

Trait exploratoire : que signifie dessiner lentement mais sur toute la toile

Par Elena Personaramic4 min de lecture
Illustration minimaliste de lignes courbes douces réparties sur tout l'espace

Si le test de style expressif vous a donné comme résultat trait exploratoire, votre dessin a combiné une vitesse de trait faible avec un large usage de la toile : vous avez pris votre temps, mais avez tout de même parcouru différentes zones au lieu de rester concentré sur un seul point.

Deux axes qui ne s’opposent pas

Il est facile de supposer que « lent » et « qui occupe beaucoup d’espace » sont des choses qui ne vont pas bien ensemble, comme si bouger lentement impliquait automatiquement de rester immobile dans un petit espace. Mais le test mesure deux choses distinctes : la vitesse (quelle distance vous avez parcourue par seconde en dessinant) et l’usage de l’espace (quelle proportion de la toile votre trait a fini par toucher, indépendamment du temps que cela a pris). Il est tout à fait possible de bouger calmement tout en couvrant beaucoup de terrain : il suffit de ne pas s’arrêter longtemps au même endroit, même si chaque mouvement individuel est posé.

C’est la même logique qui sous-tend une longue et tranquille promenade dans une ville nouvelle : il n’y a de précipitation à aucun moment du parcours, et pourtant, à la fin de la journée, vous avez vu une partie considérable du plan. À l’inverse, quelqu’un qui parcourt cette même ville en courant, mais sans sortir de deux rues, aurait couvert moins de terrain malgré un déplacement plus rapide à chaque instant : la vitesse de chaque mouvement individuel et l’étendue totale parcourue sont, littéralement, deux nombres distincts.

Pourquoi ce n’est pas un test projectif

Il vaut la peine de répéter ici quelque chose déjà expliqué dans la catégorie du test : ceci n’est pas un test projectif clinique, comme celui de la figure humaine de Karen Machover (1949) ou celui de l’arbre de Karl Koch (1949), des techniques à l’appui scientifique limité qui interprètent en plus le contenu de ce qui est dessiné (si vous avez fait une maison grande ou petite, avec ou sans fenêtres). Ce test ignore complètement le contenu : il ne sait pas, et cela ne l’intéresse pas, si vous avez dessiné un paysage, une spirale sans signification ou de simples lignes éparses. Il ne mesure que la vitesse, l’espace, le nombre de traits et la symétrie, quatre quantités calculées de la même façon quel que soit ce que vous avez dessiné.

Ce qu’il y a de curieux, dans ses limites

Sans prétendre à aucune validité diagnostique, il y a quelque chose de véritablement intéressant dans la combinaison calme-plus-ampleur : elle décrit un schéma d’exploration détendue, différent à la fois de la personne qui se lance vite pour remplir tout l’espace (ce que ce test appelle trait spontané) et de celle qui se concentre lentement sur un seul coin (trait méticuleux). C’est, en un sens, le schéma le moins « urgent » des quatre : ni précipitation pour finir vite, ni besoin de rester sur un seul point. Si vous deviez le résumer en un mot du quotidien, ce serait quelque chose comme « flâner » : se déplacer sur la toile sans objectif fixe, sans aucune hâte d’arriver quelque part en particulier.

Explorer face à exploiter, un concept réel et bien plus large

En sciences cognitives et en théorie de la décision existe une distinction très étudiée entre explorer (essayer de nouvelles options, même sans savoir si elles vont marcher) et exploiter (rester avec ce que l’on connaît déjà comme fonctionnant), le fameux dilemme exploration-exploitation. On l’étudie surtout dans des tâches de décision sous incertitude, pas dans du dessin libre, mais le nom convient naturellement à ce que mesure ce résultat dans sa version la plus littérale et la moins métaphorique : vous avez parcouru une large partie de la toile au lieu de rester à travailler sur un seul point déjà connu.

Il importe de ne pas étirer l’analogie plus que de raison. Le dilemme exploration-exploitation s’applique à des décisions aux conséquences réelles (quel restaurant essayer, quelle option choisir dans une expérience de laboratoire), pas à la direction dans laquelle vous déplacez la souris sur un dessin sans aucun objectif. Nous empruntons le nom parce qu’il décrit bien le schéma géométrique observé, pas parce que ce test mesure le même phénomène psychologique qu’étudie cette recherche.

Souvenez-vous : c’est une photo d’aujourd’hui, pas un portrait fixe

Le résultat lui-même, dans le test, le dit explicitement : ceci décrit votre dessin d’aujourd’hui, pas une propriété stable de qui vous êtes. Le rythme avec lequel vous bougez en faisant quelque chose sans consignes précises dépend de nombreuses choses ponctuelles : combien vous étiez pressé en ouvrant la page, combien de sommeil vous aviez accumulé, si vous étiez détendu ou avec la tête ailleurs. Refaire le test un autre jour, dans un autre état d’esprit, peut parfaitement vous donner l’un des trois autres résultats, trait direct ou trait spontané entre autres. Il n’y a aucun problème à ce que cela change : c’est en fait ce à quoi il faut s’attendre.

Si quelque chose mérite d’être retenu de ce résultat, au-delà de l’étiquette précise, c’est la curiosité de vous arrêter un instant sur votre propre rythme en faisant quelque chose sans consignes ni pression, sans avoir besoin de transformer cette observation ponctuelle en une grande conclusion sur qui vous êtes.

Questions fréquentes

Que signifie obtenir « trait exploratoire » ?

Que votre vitesse moyenne de tracé a été faible, mais que vous avez tout de même parcouru une large partie de la toile, au lieu de rester concentré sur une seule zone. Cela combine calme dans le rythme et ampleur dans l'espace utilisé.

Est-ce un meilleur résultat que « trait méticuleux » ?

Il n'existe aucune hiérarchie entre les quatre résultats possibles du test. Chacun décrit une combinaison différente de deux mesures neutres, rythme et espace, pas une échelle du meilleur au pire.

Pourquoi le même dessin peut-il prendre longtemps tout en occupant beaucoup d'espace ?

Parce que la lenteur du trait ne vient pas du fait de rester immobile sans dessiner, mais de bouger calmement tout en parcourant la toile : ce sont deux axes indépendants, pas opposés l'un à l'autre.

Le résultat change-t-il si je refais le test un autre jour ?

C'est probable. Le rythme et l'usage de l'espace dépendent du moment précis où vous dessinez, pas d'un trait fixe, donc un autre jour avec un autre état d'esprit peut donner un résultat différent.