Personaramic
Connaissance de soi et bien-être

Le perfectionnisme socialement prescrit : la pression de sentir que tout le monde attend la perfection de vous

Par la rédaction de Personaramic5 min de lecture
Illustration minimaliste avec les mots PERFECTIONNISME SOCIALEMENT PRESCRIT dans un badge géométrique

Perfectionnisme socialement prescrit : quand la pression vient (ou semble venir) de l’extérieur

Le perfectionnisme socialement prescrit est la troisième dimension du modèle de Paul Hewitt et Gordon Flett, et celle que la recherche relie le plus constamment au mal-être émotionnel.

Ici, l’exigence ne naît pas principalement de l’intérieur. Elle naît du sentiment que l’entourage (famille, travail, réseaux sociaux) attend un niveau de perfection difficile à tenir, et que ne pas l’atteindre aura un coût : décevoir, perdre l’estime des autres, être mis à l’écart.

C’est l’un des quatre profils que distingue notre test de perfectionnisme. Si l’exigence ressemble davantage à celle qu’on s’impose à soi-même, le profil voisin est celui du perfectionnisme auto-exigeant.

L’exigence perçue

Ce qui caractérise ce profil, ce n’est pas la quantité d’exigence réellement présente dans l’entourage, mais celle qui est perçue. Dans l’échelle originale de Hewitt et Flett (1991), les items de cette dimension ne demandent pas ce qu’exigent les autres, mais ce que la personne croit qu’ils exigent : que la réussite est toujours attendue, que tout échec sera mal reçu, que mieux on fait quelque chose, mieux on attend que ce soit la fois suivante.

Cette dernière idée explique pourquoi ce perfectionnisme est souvent plus épuisant que les deux autres. La personne n’a pas le sentiment de maîtriser le standard, puisque c’est quelqu’un d’autre qui le fixe, et elle le perçoit en plus comme une barre qui bouge.

Pourquoi c’est le plus lié au mal-être

La recherche sur le perfectionnisme distingue la quête d’accomplissement (se fixer des objectifs élevés) et la préoccupation perfectionniste (peur de l’erreur, doutes, crainte du jugement d’autrui). Le perfectionnisme socialement prescrit appartient pleinement au second groupe.

La méta-analyse de Limburg, Watson, Hagger et Egan (2017), qui a réuni des études sur le perfectionnisme et différents problèmes de santé mentale, a montré que cette préoccupation perfectionniste présente des liens plus nets avec l’anxiété, la dépression et le stress que la simple quête d’accomplissement. Qu’une dimension soit associée au mal-être ne signifie pas qu’elle le cause, ni que toute personne ayant ce profil en souffre : cela décrit une tendance dans de larges groupes.

Une dimension en hausse

La donnée la plus citée sur ce profil est récente. Thomas Curran et Andrew Hill ont réuni en 2019 les résultats de 164 échantillons, soit plus de 41 000 étudiants des États-Unis, du Canada et du Royaume-Uni ayant répondu à l’échelle de Hewitt et Flett entre 1989 et 2016.

  • Les trois dimensions ont augmenté avec le temps.
  • Celle qui a le plus progressé est la dimension socialement prescrite : environ 33 %, contre 10 % pour l’auto-exigeante et 16 % pour celle orientée vers les autres.

Dans un travail ultérieur (2022), les mêmes auteurs ont constaté que la perception des attentes et des critiques des parents a elle aussi augmenté au cours de ces décennies et qu’elle est fortement liée à cette dimension. Les deux études sont corrélationnelles : elles montrent des tendances qui coïncident, pas une cause démontrée.

Comment cela se remarque au quotidien

Une scène fréquente : quelqu’un reçoit de sa responsable un courriel laconique, « On en parle demain ». Rien de plus, mais l’après-midi se remplit d’hypothèses sur ce qu’il a bien pu mal faire. Le lendemain, la conversation porte sur un changement d’horaire.

Ce schéma prend d’autres formes :

  • Difficulté à se détendre : le sentiment d’être toujours soumis à une forme d’évaluation, même quand personne ne regarde vraiment.
  • Poids disproportionné de la critique : un petit commentaire négatif affecte bien plus que son contenu ne le justifierait.
  • Recherche constante d’approbation : même pour de petites décisions.
  • Peur de « ne pas être à la hauteur » : la préoccupation centrale n’est pas le résultat en soi, mais ce qu’il dira de soi aux yeux des autres.

L’écart entre l’attente réelle et l’attente perçue

Comme cette dimension mesure une perception, une partie de son poids dépend de l’écart entre ce qu’on croit que les autres attendent et ce qu’ils attendent vraiment. Beaucoup de personnes ayant ce profil découvrent, en posant directement la question, que la pression qu’elles ressentaient dépassait largement celle que quiconque avait exprimée.

Il en va de même pour les comparaisons : ce qu’on voit des autres, surtout sur les réseaux sociaux, est souvent une version très sélectionnée de leur vie, pas leur quotidien complet. Comparer son propre parcours au résultat final, déjà peaufiné, d’une autre personne est rarement une comparaison équitable.

Ce que ce résultat ne dit pas

Cet article relève de la vulgarisation et le test qui l’accompagne est un court questionnaire d’auto-évaluation, ni l’échelle originale de Hewitt et Flett ni un diagnostic. Si la pression perçue devient constante et difficile à supporter, un professionnel de la psychologie peut aider à l’évaluer.

Sources

  • Curran, T., et Hill, A. P. (2019). Perfectionism is increasing over time: A meta-analysis of birth cohort differences from 1989 to 2016. Psychological Bulletin, 145(4), 410-429. doi:10.1037/bul0000138
  • Curran, T., et Hill, A. P. (2022). Young people’s perceptions of their parents’ expectations and criticism are increasing over time: Implications for perfectionism. Psychological Bulletin, 148(1-2), 107-128. doi:10.1037/bul0000347
  • Hewitt, P. L., et Flett, G. L. (1991). Perfectionism in the self and social contexts: Conceptualization, assessment, and association with psychopathology. Journal of Personality and Social Psychology, 60(3), 456-470.
  • Limburg, K., Watson, H. J., Hagger, M. S., et Egan, S. J. (2017). The relationship between perfectionism and psychopathology: A meta-analysis. Journal of Clinical Psychology, 73(10), 1301-1326.

Vous voulez en savoir plus sur vous ?

Découvrez votre résultat avec l'un de nos tests associés.

Questions fréquentes

Pourquoi ce type est-il plus associé au mal-être que les deux autres ?

Parce que l'exigence est perçue comme imposée de l'extérieur et hors de son propre contrôle : ce sont les autres qui fixent le standard, il semble toujours monter, et ne pas l'atteindre est vécu comme une menace de rejet. Dans les méta-analyses sur le perfectionnisme, cette dimension figure constamment parmi les plus liées à l'anxiété, à une humeur basse et au stress.

L'attente que je ressens est-elle toujours réelle ?

Pas nécessairement. Ce que mesure cette dimension, c'est la perception de l'exigence, qui peut correspondre à ce que l'entourage attend vraiment ou se situer bien au-dessus. Pour l'effet psychologique, la perception pèse autant que la réalité.

Les réseaux sociaux influencent-ils ce type de perfectionnisme ?

C'est l'une des hypothèses étudiées. Curran et Hill (2019), qui ont documenté une hausse de 33 % de cette dimension entre 1989 et 2016, pointent surtout un environnement plus compétitif et méritocratique. Le rôle des réseaux sociaux est une hypothèse plausible qui fait encore l'objet de recherches, et ces études ne permettent pas de démontrer lequel de ces facteurs est en cause.

Ce type de perfectionnisme a-t-il augmenté chez les jeunes ?

D'après les données disponibles, oui. La méta-analyse de Curran et Hill (2019), portant sur plus de 40 000 étudiants des États-Unis, du Canada et du Royaume-Uni, a montré que le perfectionnisme socialement prescrit est la dimension qui a le plus progressé au cours des dernières décennies.

Ce résultat est-il un diagnostic ?

Non. C'est une approche indicative et de vulgarisation, pas une échelle clinique validée.