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Big Five

Quelle est la théorie des 5 grands traits de personnalité

Par la rédaction de Personaramic7 min de lecture
Illustration minimaliste d'un pentagramme géométrique représentant les cinq dimensions du Big Five

Quand on parle de la « théorie des cinq grands », on mélange souvent deux choses distinctes. La première est le modèle des cinq facteurs, une classification : il affirme que les différences de personnalité entre les gens se résument bien en cinq dimensions larges. La seconde, ce sont les théories qui cherchent à expliquer pourquoi ces cinq dimensions existent, d’où elles viennent et comment elles se traduisent en comportement.

La distinction compte, car l’une des critiques les plus répétées contre le Big Five est qu’il décrit sans expliquer. Pendant des décennies, c’était vrai. Il existe aujourd’hui au moins deux théories explicatives sérieuses construites sur lui, et cet article s’y consacre.

D’abord, la classification : d’où viennent les cinq facteurs

Le modèle est né du langage. L’hypothèse lexicale soutient que les différences qui comptent le plus dans la vie sociale finissent par recevoir un nom dans la langue. Allport et Odbert ont recensé en 1936 environ 18 000 termes du dictionnaire anglais ; Raymond Cattell les a réduits à quelques dizaines de variables, et les analyses factorielles ultérieures de Tupes et Christal, de Norman et de Goldberg ont retrouvé, encore et encore, la même structure en cinq blocs.

Ces blocs sont les cinq traits que rappelle aujourd’hui l’acronyme OCEAN :

  • Ouverture à l’expérience : ampleur et complexité de la vie mentale, intérêt pour les idées, l’art et la nouveauté.
  • Conscienciosité : organisation, constance et contrôle des impulsions au service d’objectifs.
  • Extraversion : énergie sociale, affirmation de soi et tendance à ressentir des émotions positives.
  • Agréabilité : coopération, confiance et considération envers les autres.
  • Névrosisme : tendance à éprouver des émotions négatives comme l’anxiété, la tristesse ou l’irritation.

Jusqu’ici, tout est description. L’analyse factorielle dit quels adjectifs vont ensemble, mais pas pourquoi ils vont ensemble.

La théorie des cinq facteurs de McCrae et Costa

La première tentative systématique de transformer la classification en théorie est due à Robert McCrae et Paul Costa, les auteurs du NEO-PI-R, à partir de 1996. Leur théorie des cinq facteurs (Five-Factor Theory, FFT) organise la personnalité en plusieurs composantes reliées :

  • Tendances de base : les cinq traits, compris comme des dispositions à base biologique. On ne les observe pas directement ; on les infère.
  • Adaptations caractéristiques : habitudes, attitudes, compétences, rôles et relations que chacun développe en mettant ses traits au contact d’un environnement concret.
  • Concept de soi : l’idée que chacun se fait de lui-même, qui n’est dans la théorie qu’une adaptation de plus.
  • Biographie objective : ce que la personne fait et ce qui lui arrive au fil de sa vie.
  • Influences externes : la culture, la famille, les circonstances.

Un exemple aide à saisir la différence entre les deux premières couches. Deux personnes avec la même extraversion élevée peuvent l’exprimer de façon très différente : l’une devient commerciale à Marseille et organise les repas de son quartier ; l’autre, élevée dans un milieu qui valorise la discrétion, canalise la même énergie dans un club de montagne. Le trait serait le même ; les adaptations, non.

La thèse la plus forte et la plus discutée de la FFT est que les traits sont endogènes : selon McCrae et Costa, la culture et l’expérience façonnent les adaptations, mais touchent à peine les tendances de base, qui mûriraient selon un programme en grande partie biologique.

Ce que les données confirment et ce qu’elles discutent

Deux données solides plaident pour la FFT. L’héritabilité moyenne des traits avoisine les 40 % selon la méta-analyse de Vukasović et Bratko (2015), qui porte sur plus de 100 000 participants, et la structure en cinq facteurs apparaît dans des échantillons de dizaines de cultures.

En sens inverse, les études longitudinales montrent que les traits changent davantage que ne le prévoit la théorie. La méta-analyse de Roberts, Walton et Viechtbauer (2006), sur 92 échantillons, a constaté que la conscienciosité et la stabilité émotionnelle augmentent surtout entre 20 et 40 ans, et d’autres auteurs attribuent en partie cette maturation aux rôles adultes (travail, couple). Une revue de 207 études d’intervention (Roberts et al., 2017) a relevé des changements moyens de d = 0,37 en environ 24 semaines, surtout en stabilité émotionnelle. Ce sont des effets modestes, mais difficiles à concilier avec une version stricte de traits imperméables à l’environnement.

Les méta-traits : Stabilité et Plasticité

Un second constat que toute théorie doit expliquer est que les cinq facteurs ne sont pas indépendants. Ils sont corrélés entre eux de façon systématique.

John Digman (1997) a montré, en réanalysant 14 jeux de données, qu’ils se regroupent en deux facteurs d’ordre supérieur, qu’il a simplement appelés alpha et bêta. Colin DeYoung (2006) a confirmé la structure dans un échantillon à plusieurs informateurs, ce qui écarte l’idée d’un simple biais d’autoévaluation, et leur a donné les noms utilisés aujourd’hui :

  • Stabilité (alpha) : agréabilité, conscienciosité et faible névrosisme. Elle recouvre la capacité à maintenir un fonctionnement organisé, sur le plan émotionnel et social, sans que les impulsions ou les perturbations le dérèglent.
  • Plasticité (bêta) : extraversion et ouverture. Elle recouvre la tendance à explorer et à s’engager dans la nouveauté, dans le monde social comme dans celui des idées.

Plasticité ne désigne ici ni la plasticité cérébrale ni la capacité d’apprentissage : c’est le nom d’un méta-trait, une dimension statistique d’ordre supérieur.

La théorie cybernétique des cinq grands de DeYoung

La proposition explicative la plus ambitieuse de ces dernières années est la Cybernetic Big Five Theory de DeYoung (2015). Elle part de la cybernétique, la science des systèmes qui poursuivent des buts et se corrigent grâce à l’information qu’ils reçoivent, comme un thermostat ou un pilote automatique.

Son idée centrale : les personnes sont des systèmes qui poursuivent des buts, et les traits reflètent des différences dans les paramètres des mécanismes évolués qui font tourner ce cycle. Chaque méta-trait a une fonction :

  • La Stabilité protège la poursuite des buts contre les distractions et les impulsions. DeYoung la relie, à titre provisoire, à la fonction sérotoninergique.
  • La Plasticité pousse à l’exploration et à la création de buts et d’interprétations nouveaux. Il la relie à la dopamine.

Dans ce cadre, le névrosisme serait la sensibilité du système aux menaces et aux punitions ; l’extraversion, la sensibilité à la récompense ; l’ouverture, l’exploration cognitive ; la conscienciosité, la priorité donnée aux buts lointains sur les impulsions immédiates ; et l’agréabilité, la coordination de ses buts avec ceux des autres.

La CB5T distingue elle aussi, comme la FFT, traits et adaptations caractéristiques, mais elle définit ces dernières comme les buts, interprétations et stratégies concrètes que chacun apprend. Et elle va plus loin : elle conçoit la psychopathologie comme un échec persistant du système à progresser vers ses buts, ce qui relie le Big Five à la recherche clinique.

Ce qui reste ouvert

Aucune des deux théories n’est close. Les hypothèses neurobiologiques de la CB5T sont en bonne partie des programmes de recherche, pas des résultats établis. La FFT a été nuancée face aux données sur le changement. Et la structure en cinq facteurs elle-même a des rivales, comme le modèle HEXACO à six facteurs, que nous passons en revue dans les critiques du Big Five.

Ce qui semble solide, en revanche, c’est la base sur laquelle elles reposent : cinq dimensions continues, organisées en deux méta-traits, avec une composante héritable modérée et une marge réelle de changement au cours de la vie.

Vous pouvez voir où vous vous situez sur ces cinq dimensions avec notre test Big Five.

Sources

  • Allport, G. W. et Odbert, H. S. (1936). Trait-names: A psycho-lexical study. Psychological Monographs, 47(1), i-171.
  • Digman, J. M. (1997). Higher-order factors of the Big Five. Journal of Personality and Social Psychology, 73(6), 1246-1256.
  • DeYoung, C. G. (2006). Higher-order factors of the Big Five in a multi-informant sample. Journal of Personality and Social Psychology, 91(6), 1138-1151.
  • DeYoung, C. G. (2015). Cybernetic Big Five Theory. Journal of Research in Personality, 56, 33-58.
  • McCrae, R. R. et Costa, P. T. (2008). The five-factor theory of personality. In O. P. John, R. W. Robins et L. A. Pervin (Eds.), Handbook of personality: Theory and research (3rd ed., pp. 159-181). Guilford Press.
  • Roberts, B. W., Walton, K. E. et Viechtbauer, W. (2006). Patterns of mean-level change in personality traits across the life course: A meta-analysis of longitudinal studies. Psychological Bulletin, 132(1), 1-25.
  • Roberts, B. W., Luo, J., Briley, D. A., Chow, P. I., Su, R. et Hill, P. L. (2017). A systematic review of personality trait change through intervention. Psychological Bulletin, 143(2), 117-141. doi:10.1037/bul0000088
  • Vukasović, T. et Bratko, D. (2015). Heritability of personality: A meta-analysis of behavior genetic studies. Psychological Bulletin, 141(4), 769-785. doi:10.1037/bul0000017

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Questions fréquentes

En quoi consiste la théorie des 5 grands traits ?

Il faut distinguer deux choses. Le modèle des cinq facteurs est une description : il regroupe les différences de personnalité en extraversion, agréabilité, conscienciosité, névrosisme et ouverture. Les théories, comme celle de McCrae et Costa ou la théorie cybernétique de DeYoung, cherchent à expliquer d'où viennent ces traits et comment ils produisent le comportement.

Comment ces cinq facteurs ont-ils été découverts ?

Allport et Odbert ont recensé en 1936 environ 18 000 termes du dictionnaire anglais ; Cattell les a réduits à quelques dizaines de variables, et l'analyse factorielle de ces évaluations (Tupes et Christal, Norman, Goldberg) a fait apparaître, encore et encore, cinq grands blocs.

Que sont les facteurs d'ordre supérieur ?

Les cinq facteurs sont corrélés entre eux et forment deux méta-traits : la Stabilité (agréabilité, conscienciosité et faible névrosisme) et la Plasticité (extraversion et ouverture). Digman les a appelés alpha et bêta en 1997 ; DeYoung leur a donné leur nom actuel en 2006.

Que dit la théorie des cinq facteurs de McCrae et Costa ?

Que les traits sont des tendances de base à racine biologique, qui s'expriment à travers des adaptations caractéristiques (habitudes, attitudes, rôles) façonnées par la culture et la biographie. Sa thèse la plus discutée est que l'environnement ne modifie presque pas les traits eux-mêmes.