Qu'est-ce qui est mieux, le MBTI ou le Big Five ?
La psychologie de la personnalité compte deux grands modèles populaires, mais ils ne jouissent pas du même soutien scientifique. Le Big Five est, des deux, celui qui s’appuie sur le plus de preuves.
Cet article compare les données. Si vous cherchez plutôt quel test passer en premier, combien de questions compte chacun et quel résultat il vous donne, nous l’expliquons dans Big Five vs 16 personnalités.
En faveur du MBTI
- Il est intuitif et facile à comprendre : 16 types avec des étiquettes mémorables (INTJ, ESFP, etc.).
- Très utilisé en milieu professionnel, en coaching et dans les dynamiques d’équipe.
- Il aide à amorcer des conversations sur les préférences personnelles sans sonner clinique.
Contre le MBTI
- Faible fiabilité test-retest : de nombreuses personnes obtiennent un type différent si elles repassent le test quelques semaines plus tard (McCarley et Carskadon, 1983).
- Il découpe des traits continus en catégories binaires (introverti/extraverti), alors qu’en réalité les personnes se répartissent sur un spectre (McCrae et Costa, 1989).
- Il manque d’une validité prédictive solide reconnue par la communauté scientifique (Pittenger, 1993).
En faveur du Big Five
- C’est le modèle qui bénéficie du plus grand soutien empirique en psychologie académique.
- Il mesure cinq dimensions continues (ouverture, conscienciosité, extraversion, agréabilité, névrosisme), ce qui reflète mieux la réalité de la personnalité.
- Il a une bonne capacité prédictive sur le comportement, la performance professionnelle et le bien-être (Barrick et Mount, 1991).
Contre le Big Five
- Il est moins ludique et moins mémorable pour le grand public.
- Il n’offre pas de « types » clairs, ce qui le rend moins attrayant pour les dynamiques de groupe ou le marketing.
- Les résultats chiffrés peuvent sembler moins intuitifs à interpréter sans contexte.
Ce que disent les données quand on les compare
Ils mesurent en partie la même chose
La comparaison la plus citée est celle de Robert McCrae et Paul Costa (1989). Ils ont fait passer le MBTI et l’inventaire NEO à 468 adultes de 19 à 93 ans, avec des autoévaluations et des évaluations par des proches, et ont constaté que quatre échelles du MBTI correspondent à quatre des cinq grands traits :
| Échelle du MBTI | Dimension du Big Five correspondante |
|---|---|
| Extraversion-Introversion (E-I) | Extraversion |
| Sensation-Intuition (S-N) | Ouverture à l’expérience |
| Pensée-Sentiment (T-F) | Agréabilité |
| Jugement-Perception (J-P) | Conscienciosité |
Adrian Furnham, Joanna Moutafi et John Crump ont retrouvé ce schéma en 2003 auprès de 900 adultes britanniques. Deux conséquences en découlent. La première : le MBTI ne mesure pas quelque chose d’étranger à la science de la personnalité, il mesure, sous une autre étiquette, quatre traits bien connus. La seconde : il lui en manque un. Le névrosisme, c’est-à-dire la réactivité émotionnelle, l’une des dimensions qui prédisent le mieux le bien-être et la santé, n’a pas d’échelle propre dans le MBTI.
Les gens ne se répartissent pas en deux groupes par lettre
Si les types étaient des catégories réelles, la distribution des scores de chaque échelle devrait montrer deux bosses, une par pôle, séparées par un creux. Ce n’est pas ce qu’on observe. McCrae et Costa ont conclu que le MBTI mesure quatre dimensions relativement indépendantes, et non des types dichotomiques. Robert Arnau et son équipe (2003) ont ensuite appliqué des analyses taxométriques, conçues précisément pour détecter des catégories cachées, à trois questionnaires jungiens, dont le MBTI : aucune catégorie réelle n’est apparue derrière les préférences, qui se comportaient comme des continuums.
La conséquence est concrète. La plupart des gens obtiennent un score proche du centre de chaque échelle, c’est-à-dire là où la frontière entre deux lettres est la plus arbitraire.
Le type change quand on repasse le test
Cette frontière explique le problème de stabilité. Une personne située juste à la limite entre E et I peut tomber d’un côté une semaine et de l’autre la suivante, sans que sa personnalité ait changé le moins du monde. Dans les synthèses de David Pittenger (1993, 2005), une proportion importante des participants, environ la moitié dans plusieurs études, obtenait au moins une lettre différente en repassant le test quelques semaines plus tard.
Dans le Big Five, ce saut n’existe pas, puisqu’il n’y a pas de frontière : un petit déplacement du score reste un petit déplacement. Et sur le long terme, les traits montrent une stabilité appréciable qui augmente avec l’âge (Roberts et DelVecchio, 2000).
Une nuance sur les tests en ligne
Une bonne partie de ce que l’on cherche sous le nom de « MBTI » sur internet est en réalité le test de 16personalities.com, qui n’est pas le MBTI officiel : il reprend les quatre mêmes lettres, mais il note des traits continus proches de ceux du Big Five et ajoute une cinquième échelle (suffixe -A ou -T) voisine du névrosisme. Les critiques précédentes visent le MBTI et sa logique de types ; les différences entre les deux tests sont détaillées dans Big Five vs 16 personnalités.
Pourquoi les deux comptent-ils ?
Les deux modèles remplissent des fonctions distinctes et complémentaires.
Le MBTI se distingue par sa valeur communicative : il offre un langage commun et accessible pour parler des différences individuelles, ce qui est très utile pour une première approche de la connaissance de soi ou pour la cohésion d’une équipe.
Le Big Five, lui, se distingue par sa valeur scientifique et prédictive : en mesurant les traits sur un spectre continu, il permet des comparaisons plus précises entre les personnes et sert dans des recherches sérieuses sur la santé mentale, la performance professionnelle et les relations.
La différence de fond est la suivante : les types du MBTI n’ont pas pu être démontrés comme des catégories réelles, alors que les cinq dimensions du Big Five apparaissent de façon constante quand on analyse statistiquement les traits de personnalité dans différentes cultures.
C’est pourquoi la communauté scientifique ne les traite pas comme équivalents : l’un est un outil populaire de vulgarisation, l’autre est un modèle validé empiriquement (même s’il n’échappe pas à ses propres critiques).
Si vous recherchez la rigueur scientifique, le Big Five est l’option la plus solide. Si vous cherchez un outil accessible pour la réflexion personnelle ou les dynamiques de groupe, le MBTI peut être utile, en gardant à l’esprit que sa validité scientifique reste limitée.
Si vous optez pour le modèle le mieux étayé, vous pouvez passer notre test Big Five ; si vous préférez commencer par quelque chose de plus mémorable, nous proposons aussi le test des 16 personnalités.
Sources
- McCarley, N. G. et Carskadon, T. G. (1983). Test-retest reliabilities of scales and subscales of the Myers-Briggs Type Indicator and of criteria for clinical interpretive hypotheses involving them. Research in Psychological Type, 6, 24-36.
- McCrae, R. R. et Costa, P. T. (1989). Reinterpreting the Myers-Briggs Type Indicator from the perspective of the five-factor model of personality. Journal of Personality, 57(1), 17-40.
- Pittenger, D. J. (1993). The utility of the Myers-Briggs Type Indicator. Review of Educational Research, 63(4), 467-488.
- Pittenger, D. J. (2005). Cautionary comments regarding the Myers-Briggs Type Indicator. Consulting Psychology Journal: Practice and Research, 57(3), 210-221.
- Furnham, A., Moutafi, J. et Crump, J. (2003). The relationship between the revised NEO-Personality Inventory and the Myers-Briggs Type Indicator. Social Behavior and Personality, 31(6), 577-584.
- Arnau, R. C., Green, B. A., Rosen, D. H., Gleaves, D. H. et Melancon, J. G. (2003). Are Jungian preferences really categorical? An empirical investigation using taxometric analysis. Personality and Individual Differences, 34(2), 233-251.
- Roberts, B. W. et DelVecchio, W. F. (2000). The rank-order consistency of personality traits from childhood to old age: A quantitative review of longitudinal studies. Psychological Bulletin, 126(1), 3-25.
- Barrick, M. R. et Mount, M. K. (1991). The Big Five personality dimensions and job performance: A meta-analysis. Personnel Psychology, 44(1), 1-26.
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Questions fréquentes
Quel modèle a le plus de soutien scientifique, le MBTI ou le Big Five ?
Le Big Five. Ses cinq dimensions apparaissent de façon constante dans les études factorielles menées dans de nombreux pays, tandis que les analyses statistiques des scores du MBTI (par exemple celles d'Arnau et de ses collègues en 2003) n'ont pas trouvé 16 catégories réelles et distinctes, mais des dimensions continues.
Pourquoi le MBTI reste-t-il si populaire ?
Il est intuitif, mémorable et très utilisé dans les dynamiques d'équipe et le coaching. Son point faible est la stabilité du type : quand on repasse le test quelques semaines plus tard, une part importante des personnes change au moins une lettre.
Quand vaut-il mieux utiliser l'un ou l'autre ?
Le MBTI est utile pour la réflexion personnelle ou les dynamiques de groupe ; le Big Five est l'option la plus solide quand on recherche rigueur scientifique ou capacité prédictive.
Le MBTI et le Big Five mesurent-ils des choses totalement différentes ?
Moins qu'il n'y paraît. McCrae et Costa (1989), puis Furnham et ses collègues (2003), ont constaté que les quatre échelles du MBTI correspondent à quatre des cinq grands traits : extraversion-introversion à l'extraversion, sensation-intuition à l'ouverture, pensée-sentiment à l'agréabilité et jugement-perception à la conscienciosité. Ce que le MBTI ne couvre pas, c'est le névrosisme.