Style auditif : apprendre en écoutant
Ce que décrit le style auditif
Les personnes qui se reconnaissent dans le style auditif disent préférer qu’on leur explique les choses de vive voix : un cours bien raconté, une conversation, un podcast, plutôt qu’un texte ou un schéma.
C’est la lettre A (pour Aural) du modèle VARK, le questionnaire que Neil Fleming et Colleen Mills ont présenté en 1992 avec les variantes visuelle, lecture-écriture et kinesthésique. Fleming lui-même le concevait comme un catalyseur pour réfléchir à sa manière d’étudier, et non comme un diagnostic.
Cette préférence est réelle, et il est utile de la connaître. Ce que la recherche n’a pas confirmé, c’est l’étape suivante : qu’une personne qui préfère écouter apprenne davantage quand elle étudie en écoutant. Cet article sépare les deux choses.
Si vous voulez voir comment votre préférence se répartit entre les quatre canaux, vous pouvez faire notre test de style d’apprentissage. Le plus souvent, on combine des traits de plusieurs styles, comme le visuel ou le kinesthésique, dans des proportions qui varient selon la matière.
Comment on le reconnaît en général
Les personnes qui obtiennent un score élevé dans ce style racontent souvent des expériences semblables :
- Elles suivent plus facilement un sujet quand quelqu’un l’explique que lorsqu’elles le lisent.
- Elles répètent spontanément une information à voix haute quand elles veulent la mémoriser.
- Elles préfèrent préparer un examen en en parlant avec quelqu’un plutôt qu’en silence.
Ce sont des descriptions de ce qui leur paraît le plus confortable. La question intéressante est de savoir si ce confort se traduit par de meilleurs résultats.
L’épreuve que l’hypothèse de l’appariement n’a jamais passée
En 2008, Harold Pashler, Mark McDaniel, Doug Rohrer et Robert Bjork ont passé en revue la littérature sur les styles d’apprentissage dans un rapport pour la revue Psychological Science in the Public Interest. Ils se sont concentrés sur ce qu’on appelle l’hypothèse de l’appariement (meshing hypothesis) : l’idée que chacun apprend mieux si l’enseignement s’adapte à son style.
Pour la démontrer, expliquaient-ils, il faut une expérience bien précise : classer les élèves selon leur style, attribuer au hasard à chaque groupe différentes méthodes d’enseignement et évaluer tout le monde avec la même épreuve. L’hypothèse ne tiendrait que si les auditifs réussissaient mieux avec la méthode auditive et les visuels avec la méthode visuelle, c’est-à-dire un croisement des résultats. Ils ont trouvé très peu d’études construites ainsi, et celles qui existaient ne montraient pas ce croisement.
Beth Rogowsky, Barbara Calhoun et Paula Tallal ont ensuite mené exactement cette expérience pour le canal auditif (2015). Des adultes diplômés de l’université, les uns avec une préférence auditive, les autres avec une préférence visuelle pour les mots, ont étudié le même texte de vulgarisation en livre audio ou en version écrite. Aucun lien n’est apparu entre la préférence et le format : les auditifs n’ont pas mieux compris avec le livre audio, ni au test immédiat ni au test différé.
Ce que la voix apporte vraiment, à tout le monde
Que l’appariement ne fonctionne pas ne veut pas dire que parler et écouter soient inutiles pour étudier. Deux effets bien documentés reposent sur la voix, et aucun ne dépend du style de chacun.
L’effet de production
Colin MacLeod et son équipe (2010) ont demandé à des participants de lire une liste de mots, certains à voix haute, d’autres en silence. Les mots prononcés étaient mieux retenus. Ils ont appelé cela l’effet de production.
Le détail important, c’est que l’effet apparaissait surtout quand on ne prononçait qu’une partie du contenu : ce qui est dit à voix haute devient distinctif et se détache de ce qui a été lu en silence. Tout lire à voix haute dilue l’avantage.
Noah Forrin et MacLeod (2018) ont précisé le mécanisme en comparant quatre conditions : dire les mots à voix haute, écouter sa propre voix enregistrée, écouter quelqu’un d’autre et lire en silence. Le souvenir baissait dans cet ordre. Leur conclusion : l’avantage combine deux ingrédients, l’acte moteur de parler et le fait de s’entendre soi-même.
Expliquer sans regarder
Le second outil est la pratique de récupération. Henry Roediger et Jeffrey Karpicke (2006) ont observé qu’essayer de se rappeler un texte produisait une meilleure rétention au bout d’une semaine que le relire, même si la relecture donnait davantage l’impression de maîtriser le sujet.
Expliquer un sujet à voix haute, sans notes sous les yeux, est une forme de récupération : on est obligé d’aller chercher en mémoire ce qu’on a appris, et on voit ce qui manque. Dans la revue de John Dunlosky et ses collègues (2013) consacrée à dix techniques d’étude, la pratique de récupération et la révision espacée ont été les deux seules à recevoir la note d’utilité élevée.
Un exemple avec les deux outils
Une étudiante qui se définit comme auditive prépare un oral d’histoire. Si sa stratégie consiste à écouter trois fois l’enregistrement du cours, elle travaille avec une impression de familiarité que la recherche associe à une rétention faible.
Si, au contraire, elle lit ses notes en silence en ne prononçant à voix haute que les dates et les notions clés, et qu’à la fin de chaque chapitre elle se l’explique à elle-même sans regarder, elle utilise l’effet de production et la pratique de récupération. Les deux fonctionneraient tout aussi bien pour un camarade qui se considère comme visuel.
Sa préférence auditive l’aide à choisir ce qui lui est agréable, et cela compte : la motivation soutient aussi l’étude. Ce qui la fait retenir, c’est le type d’effort, pas le canal.
Pourquoi le langage parlé a son propre circuit
Les expériences du neuroscientifique Roger Sperry avec des patients dont le corps calleux, le faisceau de fibres qui relie les deux hémisphères, avait été sectionné ont montré quelque chose de précis sur le langage : quand un mot n’atteignait que l’hémisphère gauche, le patient pouvait le lire et le dire à voix haute ; quand il n’atteignait que le droit, il ne pouvait pas le nommer, même s’il parvenait souvent à désigner l’objet de la main gauche.
Ces travaux, récompensés par le prix Nobel de 1981, ont confirmé que la production de la parole dépend, chez la plupart des gens, de l’hémisphère gauche. C’est le circuit qui s’active quand quelqu’un résume à voix haute ce qu’il vient d’étudier.
Mais le fait que le langage dispose d’un circuit spécialisé est un trait commun à presque tout le monde, et non le signe que certaines personnes apprennent mieux par l’oreille que d’autres.
En résumé
- Le style auditif décrit une préférence légitime, qui peut orienter le choix des formats les plus agréables.
- L’idée qu’étudier dans le format préféré améliore l’apprentissage n’a pas été confirmée par les expériences conçues pour la vérifier.
- La voix aide bel et bien tout le monde quand on l’utilise à dessein : ne prononcer que l’essentiel et expliquer sans regarder.
Cet article résume des recherches sur l’apprentissage à des fins d’information ; il ne remplace pas l’avis d’un professionnel en cas de difficultés d’apprentissage ou d’audition.
Sources
- Dunlosky, J., Rawson, K. A., Marsh, E. J., Nathan, M. J. et Willingham, D. T. (2013). Improving students’ learning with effective learning techniques. Psychological Science in the Public Interest, 14(1), 4-58. https://doi.org/10.1177/1529100612453266
- Fleming, N. D. et Mills, C. (1992). Not another inventory, rather a catalyst for reflection. To Improve the Academy, 11, 137-155.
- Forrin, N. D. et MacLeod, C. M. (2018). This time it’s personal: The memory benefit of hearing oneself. Memory, 26(4), 574-579. https://doi.org/10.1080/09658211.2017.1383434
- MacLeod, C. M., Gopie, N., Hourihan, K. L., Neary, K. R. et Ozubko, J. D. (2010). The production effect: Delineation of a phenomenon. Journal of Experimental Psychology: Learning, Memory, and Cognition, 36(3), 671-685. https://doi.org/10.1037/a0018785
- Pashler, H., McDaniel, M., Rohrer, D. et Bjork, R. (2008). Learning styles: Concepts and evidence. Psychological Science in the Public Interest, 9(3), 105-119. https://doi.org/10.1111/j.1539-6053.2009.01038.x
- Roediger, H. L. et Karpicke, J. D. (2006). Test-enhanced learning: Taking memory tests improves long-term retention. Psychological Science, 17(3), 249-255. https://doi.org/10.1111/j.1467-9280.2006.01693.x
- Rogowsky, B. A., Calhoun, B. M. et Tallal, P. (2015). Matching learning style to instructional method: Effects on comprehension. Journal of Educational Psychology, 107(1), 64-78. https://doi.org/10.1037/a0037478
- Sperry, R. W. (1982). Some effects of disconnecting the cerebral hemispheres. Science, 217(4566), 1223-1226.
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Questions fréquentes
Qu'est-ce que le style d'apprentissage auditif ?
C'est la préférence déclarée pour recevoir l'information en l'écoutant : un cours, une conversation, un podcast. Dans le questionnaire VARK de Neil Fleming, il correspond à la lettre A (Aural). Il décrit la façon dont quelqu'un aime apprendre ; il ne démontre pas qu'il apprend mieux par cette voie.
Quelles stratégies d'étude associe-t-on à ce style ?
Le modèle VARK l'associe au fait d'expliquer à voix haute, d'écouter des enregistrements et de débattre en groupe. Parmi ces stratégies, celles qui sont le mieux étayées fonctionnent pour tout le monde : lire à voix haute seulement l'essentiel (effet de production) et expliquer un sujet de mémoire, sans regarder ses notes (pratique de récupération).
Répéter à voix haute aide-t-il vraiment à mémoriser ?
Oui, avec des nuances. MacLeod et ses collègues (2010) ont décrit l'« effet de production » : les mots lus à voix haute sont mieux retenus que ceux lus en silence, surtout quand on ne prononce qu'une partie du contenu, parce que ce qui est dit à voix haute se détache. L'effet apparaît chez les personnes de tous les styles, pas seulement chez les auditifs.
Ai-je intérêt à étudier avec des livres audio si je suis auditif ?
Les écouter peut être plus confortable, mais une expérience de Rogowsky, Calhoun et Tallal (2015) menée avec des adultes qui se disaient auditifs ou visuels n'a pas montré qu'ils comprenaient mieux un texte avec le livre audio qu'en le lisant, ni au test immédiat ni au test différé. Le confort est une bonne raison de choisir un format ; l'idée qu'un format « assorti » démultiplie l'apprentissage n'a pas été confirmée.