Agréabilité : le trait de la gentillesse et de la coopération
L’agréabilité ou gentillesse (agreeableness) est la dimension de la personnalité qui situe chaque personne sur un spectre : à une extrémité, l’orientation prosociale (coopérer, faire confiance, céder, prendre soin) ; à l’autre, l’antagonisme, la tendance à faire passer ses propres intérêts en premier et à entrer plus facilement en conflit.
C’est, des cinq grands traits, celui qui décrit le plus directement la façon dont nous traitons les autres. Un exemple du quotidien : laisser sa place dans une file d’attente à quelqu’un qui semble plus pressé, sans que personne ne le demande. Une personne au score élevé le fait presque sans y penser ; une personne au score bas se demande d’abord si c’est juste.
Cet article est un contenu de vulgarisation et ne remplace en aucun cas l’évaluation ou le diagnostic d’un professionnel qualifié.
Les six facettes de l’agréabilité
Dans le NEO-PI-R de Costa et McCrae, l’inventaire de référence du modèle, l’agréabilité se décompose en six facettes observables :
| Facette | Score élevé | Score bas |
|---|---|---|
| Confiance | Présume la bonne foi des autres | Se méfie et cherche des intentions cachées |
| Franchise (straightforwardness) | Dit ce qu’il pense sans calcul | Recourt davantage à la persuasion ou à la stratégie |
| Altruisme | Aide sans rien attendre en retour | Aide avec plus de réserves |
| Esprit conciliant (compliance) | Cède et pardonne dans les conflits | Discute et défend sa position |
| Modestie | Se présente avec humilité | Parle de ses réussites avec aisance |
| Sensibilité aux autres (tender-mindedness) | Est touché par les besoins d’autrui | Privilégie des critères rationnels et objectifs |
Des recherches plus récentes regroupent ces facettes en deux aspects (DeYoung, Quilty et Peterson, 2007) : la compassion, qui est l’implication émotionnelle envers les autres, et la politesse, le respect des règles de savoir-vivre et la retenue de l’agressivité. Le BFI-2, la version actuelle du questionnaire de John, utilise une division proche : compassion, respect et confiance.
Un score bas n’équivaut pas à être « une mauvaise personne ». Il décrit quelqu’un de plus sceptique, de plus direct et de plus disposé à la compétition, un profil qui peut être très précieux dans une négociation, un comité de rédaction ou un audit.
Ce qui distingue les personnes agréables : la régulation de la colère et l’aide
L’équipe de William Graziano étudie depuis des décennies ce qui se passe « à l’intérieur » chez les personnes très agréables. Deux résultats reviennent :
- Elles vivent et règlent les conflits autrement. Graziano, Jensen-Campbell et Hair (1996) ont observé que les personnes très agréables perçoivent moins de conflit dans les mêmes situations et préfèrent des tactiques constructives, comme la négociation, aux tactiques de force.
- Leur aide dépend moins de la situation. Dans une série d’expériences, Graziano, Habashi, Sheese et Tobin (2007) ont observé que les personnes très agréables ressentaient plus d’empathie et aidaient davantage de façon constante, y compris des personnes d’un autre groupe, tandis que l’aide des personnes au score bas dépendait beaucoup plus de qui la demandait et des circonstances.
Cette seconde idée aide à comprendre le trait : il ne s’agit pas seulement d’« être sympathique », mais d’une motivation stable à entretenir des relations positives, qui se remarque justement quand il n’y a rien à gagner.
D’où vient-elle : socialisation et gènes
Digman (1997) a observé que l’agréabilité, la conscienciosité et la stabilité émotionnelle tendent à être corrélées entre elles et a proposé un facteur d’ordre supérieur, qu’il a appelé alpha et interprété comme le résultat de la socialisation : apprendre dès l’enfance à réorienter ses impulsions hostiles et à s’ajuster aux règles de la vie en commun. DeYoung et ses collègues l’ont ensuite rebaptisé stabilité. Ces métatraits et le débat qui les entoure sont expliqués plus en détail dans la théorie des cinq grands traits.
La socialisation n’explique pas tout. Comme les quatre autres facteurs, l’agréabilité a une composante héréditaire : la méta-analyse de Vukasović et Bratko (2015), qui porte sur plus de 100 000 participants issus d’études de jumeaux, de familles et d’adoption, situe l’héritabilité moyenne de la personnalité autour de 40 %. Les 60 % restants correspondent à des influences de l’environnement.
Comment elle varie selon l’âge, le sexe et la culture
- Âge. La méta-analyse de Roberts, Walton et Viechtbauer (2006), fondée sur 92 échantillons longitudinaux, a montré que l’agréabilité augmente tout au long de la vie adulte, avec les changements les plus nets à l’âge mûr et dans la vieillesse.
- Sexe. Les femmes obtiennent en moyenne des scores un peu plus élevés que les hommes, une différence qui se retrouve dans des dizaines de pays (Costa, Terracciano et McCrae, 2001). Weisberg, DeYoung et Hirsh (2011) ont vérifié qu’elle apparaît aussi bien en compassion qu’en politesse. Ce sont des différences de moyenne : les distributions des hommes et des femmes se recouvrent en grande partie.
- Culture. Le trait se retrouve avec une structure similaire dans l’étude de McCrae, Terracciano et leurs collègues (2005), menée avec des observateurs de 50 cultures. Toutefois, dans des sociétés de petite taille comme les Tsimané de Bolivie, Gurven et ses collègues (2013) ont constaté que l’agréabilité et l’extraversion se fondent en un seul facteur de prosocialité, cohérent avec un mode de vie où la coopération quotidienne est indispensable.
L’agréabilité au travail et dans la santé
Au travail, l’agréabilité prédit peu la performance générale, moins que la conscienciosité, mais elle compte dans les tâches d’équipe et de relation aux personnes. Elle a en revanche un coût documenté sur les revenus : à partir de plusieurs grands échantillons de salariés, Judge, Livingston et Hurst (2012) ont constaté que les personnes moins agréables gagnaient davantage, et que cet écart était bien plus marqué chez les hommes que chez les femmes.
En matière de santé, la donnée la plus constante concerne l’extrême bas. La méta-analyse de Kotov, Gamez, Schmidt et Watson (2010) a montré que les troubles liés à l’usage de substances sont associés à des scores bas en agréabilité et en conscienciosité, ainsi qu’à un névrosisme élevé. C’est une association de groupe, pas un pronostic individuel.
Lien avec le MBTI
La préférence « Sentiment » (feeling) du MBTI est modérément corrélée à ce facteur du Big Five (McCrae et Costa, 1989). La différence, c’est que le modèle typologique le réduit à un choix binaire, alors que le Big Five le mesure comme un continuum, avec toute sa gamme de points intermédiaires.
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Sources
- Costa, P. T., Terracciano, A., et McCrae, R. R. (2001). Gender differences in personality traits across cultures: Robust and surprising findings. Journal of Personality and Social Psychology, 81(2), 322-331. https://doi.org/10.1037/0022-3514.81.2.322
- DeYoung, C. G., Quilty, L. C., et Peterson, J. B. (2007). Between facets and domains: 10 aspects of the Big Five. Journal of Personality and Social Psychology, 93(5), 880-896. https://doi.org/10.1037/0022-3514.93.5.880
- Digman, J. M. (1997). Higher-order factors of the Big Five. Journal of Personality and Social Psychology, 73(6), 1246-1256. https://doi.org/10.1037/0022-3514.73.6.1246
- Graziano, W. G., Jensen-Campbell, L. A., et Hair, E. C. (1996). Perceiving interpersonal conflict and reacting to it: The case for agreeableness. Journal of Personality and Social Psychology, 70(4), 820-835. https://doi.org/10.1037/0022-3514.70.4.820
- Graziano, W. G., Habashi, M. M., Sheese, B. E., et Tobin, R. M. (2007). Agreeableness, empathy, and helping: A person × situation perspective. Journal of Personality and Social Psychology, 93(4), 583-599. https://doi.org/10.1037/0022-3514.93.4.583
- Gurven, M., von Rueden, C., Massenkoff, M., Kaplan, H. et Lero Vie, M. (2013). How universal is the Big Five? Testing the five-factor model of personality variation among forager-farmers in the Bolivian Amazon. Journal of Personality and Social Psychology, 104(2), 354-370.
- Judge, T. A., Livingston, B. A., et Hurst, C. (2012). Do nice guys, and gals, really finish last? The joint effects of sex and agreeableness on income. Journal of Personality and Social Psychology, 102(2), 390-407. https://doi.org/10.1037/a0026021
- Kotov, R., Gamez, W., Schmidt, F., et Watson, D. (2010). Linking “big” personality traits to anxiety, depressive, and substance use disorders: A meta-analysis. Psychological Bulletin, 136(5), 768-821. https://doi.org/10.1037/a0020327
- McCrae, R. R., Terracciano, A. et al. (2005). Universal features of personality traits from the observer’s perspective: Data from 50 cultures. Journal of Personality and Social Psychology, 88(3), 547-561.
- McCrae, R. R. et Costa, P. T. (1989). Reinterpreting the Myers-Briggs Type Indicator from the perspective of the five-factor model of personality. Journal of Personality, 57(1), 17-40.
- Roberts, B. W., Walton, K. E., et Viechtbauer, W. (2006). Patterns of mean-level change in personality traits across the life course: A meta-analysis of longitudinal studies. Psychological Bulletin, 132(1), 1-25. https://doi.org/10.1037/0033-2909.132.1.1
- Vukasović, T., et Bratko, D. (2015). Heritability of personality: A meta-analysis of behavior genetic studies. Psychological Bulletin, 141(4), 769-785. https://doi.org/10.1037/bul0000017
- Weisberg, Y. J., DeYoung, C. G., et Hirsh, J. B. (2011). Gender differences in personality across the ten aspects of the Big Five. Frontiers in Psychology, 2, 178. https://doi.org/10.3389/fpsyg.2011.00178
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Questions fréquentes
Qu'est-ce que la gentillesse ou l'Agréabilité ?
C'est le trait qui mesure l'orientation prosociale : empathie, coopération et disposition à préserver l'harmonie dans les relations.
D'où vient l'agréabilité selon ce modèle ?
D'une combinaison d'hérédité et d'environnement. Digman (1997) l'a reliée à la socialisation précoce, lorsqu'on apprend à réorienter ses impulsions hostiles de façon socialement acceptable, et les études de jumeaux situent l'héritabilité des traits de personnalité autour de 40 % (Vukasović et Bratko, 2015).
L'agréabilité change-t-elle avec l'âge ?
Oui. La méta-analyse longitudinale de Roberts, Walton et Viechtbauer (2006) a montré qu'elle tend à augmenter tout au long de la vie adulte, avec les changements les plus nets à l'âge mûr et dans la vieillesse.
Obtenir un score bas en agréabilité est-il négatif ?
Pas forcément. Un score bas décrit une personne plus sceptique, plus directe et plus compétitive, des traits utiles dans une négociation, un audit ou un débat. La recherche associe l'extrême très bas à certains risques au niveau du groupe, comme une consommation problématique de substances plus fréquente, mais cela ne permet de rien prédire pour une personne en particulier.