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Audacieux : quand l'incertain devient plus attirant que le prévisible

Par la rédaction de Personaramic6 min de lecture
Illustration minimaliste avec le style Audacieux dans un badge géométrique

Le style audacieux trouve dans l’incertitude quelque chose d’attirant, pas de menaçant : il décide vite et tolère bien la possibilité de perdre.

Rechercher, pas seulement tolérer, l’incertitude

La différence entre tolérer le risque et le rechercher activement est réelle, et ce style est plus proche du second. Là où d’autres styles voient une menace à gérer, le style audacieux voit une opportunité à saisir avant qu’elle ne refroidisse.

« Audacieux » est l’étiquette que notre test sur votre rapport au risque donne à l’un de ses quatre profils. Il apparaît quand dominent des affirmations comme « Les expériences intenses m’attirent, même si elles impliquent un certain danger » ou « L’ennui me pèse plus que la possibilité que quelque chose tourne mal ». Ces phrases ne doivent rien au hasard : elles reprennent des idées que la psychologie mesure depuis des décennies.

La recherche de sensations : les travaux derrière le profil

Le psychologue Marvin Zuckerman a défini la recherche de sensations comme la préférence pour des expériences variées, nouvelles, complexes et intenses, et la disposition à prendre des risques pour les vivre. Son échelle la plus connue, la forme V (Zuckerman, Eysenck et Eysenck, 1978), distingue quatre facettes :

  • Recherche de frissons et d’aventure : attirance pour des activités physiques comportant un certain danger, comme l’escalade ou le parachutisme.
  • Recherche d’expériences : intérêt pour la nouveauté à travers l’esprit et les sens, comme les voyages, la musique ou un mode de vie peu conventionnel.
  • Désinhibition : recherche de stimulation sociale, comme les fêtes et les sorties intenses.
  • Sensibilité à l’ennui : rejet de la routine et des personnes ou tâches prévisibles.

Le profil audacieux du test s’appuie surtout sur la première et la dernière. Dans une étude menée auprès de 260 étudiants, Zuckerman et Kuhlman (2000) ont constaté que les comportements à risque dans six domaines (tabac, alcool, drogues, sexualité, conduite et jeu) étaient liés à la recherche impulsive de sensations, à la sociabilité et à l’agressivité, mais pas au névrosisme. Autrement dit, le risque chez ces personnes ne naît pas de l’anxiété, mais de l’attrait de l’expérience.

Ce qui distingue le style audacieux

Il voit plus de bénéfice, pas forcément moins de danger

Weber, Blais et Betz (2002) ont observé que les différences de disposition au risque s’expliquent surtout par la façon dont on perçoit les risques et les bénéfices de chaque activité, et beaucoup moins par une attitude différente face au risque perçu. Hanoch, Johnson et Wilke (2006) l’ont confirmé sur des échantillons réels : chez les personnes pratiquant des activités risquées, ce qui pesait le plus était le bénéfice perçu, et dans une moindre mesure le risque perçu.

Pour le profil audacieux, cela veut dire qu’il n’« ignore » généralement pas le danger : c’est plutôt que le bon côté du pari lui saute aux yeux.

Les pertes lui pèsent moins

La théorie des perspectives de Kahneman et Tversky (1979) a décrit l’aversion à la perte : perdre quelque chose fait plus mal que gagner la même chose ne réjouit. Dans leur version de 1992, Tversky et Kahneman ont estimé qu’en moyenne, une perte pèse un peu plus du double d’un gain équivalent (un coefficient de 2,25 dans leurs données).

Cette moyenne cache beaucoup de variation entre les personnes. Ce que le test décrit comme « bien tolérer la possibilité de perdre » correspond à ceux qui se situent dans la zone basse de cette aversion : une perte les pique, mais pas assez pour les empêcher de réessayer.

Ce n’est pas pareil sur tous les terrains

Une nuance importante : l’audace est rarement uniforme. Avec l’échelle DOSPERT, la variation d’une même personne d’un domaine à l’autre (argent, santé, loisirs, éthique, relations) s’est révélée bien plus grande que la variation entre personnes (Blais et Weber, 2006). Quelqu’un qui saute en parachute peut être très conservateur avec son épargne. Si cet écart est très marqué, le profil qui le décrit le mieux est l’adaptable au contexte.

Comment cela se manifeste au quotidien

  • L’émotion de l’incertain lui semble plus attirante que la sécurité du prévisible.
  • Il décide vite, sans avoir besoin de toutes les garanties à l’avance.
  • Une perte ne se traduit généralement pas par le regret d’avoir essayé.
  • Il s’ennuie facilement face à des options trop sûres ou répétitives.

Un exemple du quotidien : face à deux offres d’emploi, l’une stable dans une grande entreprise et l’autre dans un petit projet qui vient de démarrer, la personne audacieuse voit d’abord ce qu’elle pourrait apprendre et construire dans le second. Les doutes sur la stabilité viennent ensuite, et ils tranchent rarement.

Ce que ce style apporte et ce qu’il peut négliger

Le même élan qui permet de saisir de vraies opportunités peut conduire à sous-estimer des risques qui comptent vraiment, surtout quand les conséquences d’un échec sont lourdes ou irréversibles. Comme la balance penche vers le bénéfice visible, ce sont les coûts les moins évidents qui échappent le plus facilement.

Sur le plan financier, ce test est un outil de connaissance de soi et ne remplace pas une évaluation professionnelle quand des décisions d’argent importantes sont en jeu.

Marcher sur le fil : Phil Knight et Nike

Phil Knight raconte dans ses mémoires, Shoe Dog (2016), des années de croissance avec une entreprise au bord de la faillite plus d’une fois, financée à coups de dettes et de commandes toujours plus grosses. Vers la fin du livre, il raconte que LeBron James, sponsorisé par Nike, lui a offert une Rolex de 1972, l’année de fondation de la marque, gravée d’un remerciement pour avoir misé sur lui quand il était adolescent.

Ce sont des mémoires personnels, pas une étude, mais ils illustrent bien ce que décrit la recherche : ce qui paraît téméraire vu de l’extérieur, celui qui décide le vit souvent comme une décision raisonnable, parce qu’il perçoit des bénéfices que les autres ne voient pas. Il ne tombe pas toujours juste, et c’est pourquoi il vaut mieux ne pas confondre « cela paraît risqué de l’extérieur » et « cela l’est aussi de l’intérieur » : ce sont deux questions différentes.

Son opposé : le style prudent

À l’extrême opposé se trouve le style prudent, qui privilégie presque toujours la sécurité. Le style calculateur combine un peu des deux : il prend des risques, mais seulement quand l’analyse le justifie.

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Sources

  • Blais, A.-R. et Weber, E. U. (2006). A Domain-Specific Risk-Taking (DOSPERT) scale for adult populations. Judgment and Decision Making, 1(1), 33-47. https://doi.org/10.1017/S1930297500000334
  • Hanoch, Y., Johnson, J. G. et Wilke, A. (2006). Domain specificity in experimental measures and participant recruitment: An application to risk-taking behavior. Psychological Science, 17(4), 300-304. https://doi.org/10.1111/j.1467-9280.2006.01702.x
  • Kahneman, D. et Tversky, A. (1979). Prospect theory: An analysis of decision under risk. Econometrica, 47(2), 263-291. https://doi.org/10.2307/1914185
  • Knight, P. (2016). Shoe Dog: A Memoir by the Creator of Nike. Scribner.
  • Tversky, A. et Kahneman, D. (1992). Advances in prospect theory: Cumulative representation of uncertainty. Journal of Risk and Uncertainty, 5(4), 297-323. https://doi.org/10.1007/BF00122574
  • Weber, E. U., Blais, A.-R. et Betz, N. E. (2002). A domain-specific risk-attitude scale: Measuring risk perceptions and risk behaviors. Journal of Behavioral Decision Making, 15(4), 263-290. https://doi.org/10.1002/bdm.414
  • Zuckerman, M. (1979). Sensation Seeking: Beyond the Optimal Level of Arousal. Lawrence Erlbaum.
  • Zuckerman, M., Eysenck, S. et Eysenck, H. J. (1978). Sensation seeking in England and America: Cross-cultural, age, and sex comparisons. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 46(1), 139-149. https://doi.org/10.1037/0022-006X.46.1.139
  • Zuckerman, M. et Kuhlman, D. M. (2000). Personality and risk-taking: Common biosocial factors. Journal of Personality, 68(6), 999-1029. https://doi.org/10.1111/1467-6494.00124

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Questions fréquentes

Audacieux, est-ce la même chose qu'imprudent ?

Pas nécessairement. Bien tolérer l'incertitude n'équivaut pas à agir sans aucun discernement ; beaucoup de personnes audacieuses évaluent les conséquences, simplement elles pèsent moins lourd que l'opportunité. Les travaux de Weber et de ses collègues suggèrent que la différence tient généralement au bénéfice perçu, pas au fait d'ignorer le danger.

Est-ce lié à la recherche de sensations ?

Oui, c'est un schéma proche de ce que décrit la recherche sur la recherche de sensations : préférence pour la nouveauté et l'intensité plutôt que pour le prévisible. L'échelle classique de Zuckerman la divise en quatre facettes : recherche de frissons et d'aventure, recherche d'expériences, désinhibition et sensibilité à l'ennui.

Quelqu'un d'audacieux dans un domaine l'est-il partout ?

Pas toujours. Les études menées avec l'échelle DOSPERT montrent que la disposition au risque varie beaucoup selon le domaine : une personne très audacieuse dans ses loisirs peut être modérée avec l'argent. Le profil audacieux du test décrit une tendance générale, pas une règle valable sur tous les terrains.