Prudent : éviter le risque de façon constante
Le style prudent évite le risque de façon constante : il préfère la sécurité, même si cela implique de renoncer à quelque chose de plus excitant ou potentiellement plus grand.
Ce que le test mesure dans ce style
Dans le test sur comment j’aborde le risque, le style prudent se calcule à partir de quatre affirmations notées de 1 à 5 : ne rien risquer que l’on ne soit pas prêt à perdre entièrement, choisir l’option la plus sûre même si elle est moins excitante, éviter les activités comportant un risque physique ou matériel réel et préférer un résultat modeste mais sûr. Si ce total dépasse celui des styles calculateur, audacieux et adaptable, le résultat est prudent.
Les quatre phrases touchent des terrains différents (argent, loisirs, intégrité physique), et c’est là ce qui définit ce style : la prudence ne se limite pas à un domaine.
Un schéma stable, pas une exception ponctuelle
Pendant des années, on s’est demandé si la disposition au risque était un trait de la personne ou quelque chose qui change entièrement d’un domaine à l’autre. L’étude la plus vaste sur la question, celle de Renato Frey, Ralph Hertwig et leurs collègues (2017), a réuni 1 507 adultes qui ont répondu à 39 mesures différentes du risque : questionnaires, paris en laboratoire et fréquence de comportements réels, comme fumer.
Le résultat a été double. D’une part, les questionnaires ont fait apparaître un facteur général de préférence pour le risque, que les auteurs ont appelé R par analogie avec le facteur g de l’intelligence, et qui restait stable quand on répétait les mesures six mois plus tard. D’autre part, ce facteur n’était presque pas corrélé à ce que les gens faisaient dans les tâches de laboratoire avec des paris.
Le style prudent décrit une personne qui obtient un score bas sur ce facteur général : elle n’est pas prudente seulement au travail ou seulement avec l’argent, elle tend à l’être sur plusieurs fronts à la fois, presque comme une posture de fond face à toute incertitude.
Comment cela se manifeste au quotidien
- Il préfère le connu et l’éprouvé à une opportunité nouvelle et prometteuse.
- Il évite les décisions qui pourraient mal tourner, même quand la probabilité que cela arrive est faible.
- Il a besoin de sentir un terrain solide avant de s’engager dans quelque chose.
- Il accorde beaucoup de valeur à la prévisibilité, au travail comme dans la vie personnelle.
Un exemple : en vacances, la personne prudente préfère en général retourner dans un endroit qu’elle connaît déjà plutôt que d’essayer une nouvelle destination bien notée. Ce n’est pas la curiosité qui lui manque ; la possibilité que le voyage tourne mal pèse simplement plus que l’attrait de la nouveauté.
Choix timides, prévisions audacieuses
Daniel Kahneman et Dan Lovallo (1993) ont décrit un mécanisme qui aide à comprendre le coût caché de la prudence. Les gens ont tendance à traiter chaque décision comme unique, isolée de toutes celles qui viendront ensuite. Vu ainsi, un pari raisonnable comportant un peu de risque paraît dangereux, parce qu’on le juge comme s’il était le seul.
Lorsque les mêmes décisions sont vues comme une série, de nombreux petits paris favorables, chacun avec un peu de risque, l’ensemble se révèle bien plus sûr que chaque élément pris isolément. Kahneman et Lovallo ont vu dans cette erreur de cadrage la source des choix timides : une prudence excessive qui ne naît pas du risque réel, mais du fait de regarder chaque décision seule.
Son défi de croissance
Le coût de la prudence ne se voit pas toujours aussi clairement que celui d’un risque mal calculé, mais il existe : des opportunités raisonnables laissées de côté à cause du seul inconfort de l’incertitude.
Ce que suggèrent les travaux de Kahneman et Lovallo, ce n’est pas d’abandonner la prudence, mais de changer l’échelle à laquelle on regarde : un petit pari qui présente plus d’avantages que d’inconvénients ne met pas tout le reste en jeu, et, répété de nombreuses fois, il se révèle généralement rentable. La prudence reste un bon critère pour ce qui est vraiment irréversible.
Son opposé : le style audacieux
À l’extrême opposé se trouve le style audacieux, pour qui l’incertitude est attirante plutôt que menaçante. Le style calculateur occupe un point intermédiaire : il n’évite pas le risque, il l’analyse avant de l’assumer. Et si la prudence de quelqu’un dépend beaucoup du terrain, le style qui le décrit le mieux est le style adaptable au contexte.
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Sources
- Frey, R., Pedroni, A., Mata, R., Rieskamp, J. et Hertwig, R. (2017). Risk preference shares the psychometric structure of major psychological traits. Science Advances, 3(10), e1701381. https://doi.org/10.1126/sciadv.1701381
- Kahneman, D. et Lovallo, D. (1993). Timid choices and bold forecasts: A cognitive perspective on risk taking. Management Science, 39(1), 17-31. https://doi.org/10.1287/mnsc.39.1.17
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Questions fréquentes
Être prudent est-ce la même chose qu'avoir peur ?
Pas exactement. C'est plutôt une priorité claire pour la sécurité, pas nécessairement une réaction de peur face à chaque situation.
La prudence est-elle toujours réellement l'option la plus sûre ?
Pas toujours : éviter tout risque a aussi un coût, comme renoncer à des opportunités raisonnables. La prudence protège bien, mais en excès elle peut devenir limitante.
La disposition au risque est-elle un trait stable ?
Dans une large mesure, oui. Dans l'étude de Frey et de ses collègues (2017), menée auprès de 1 507 adultes avec 39 mesures du risque, les questions sur sa propre disposition au risque partageaient un facteur général qui restait stable lorsqu'on les reposait six mois plus tard. Les tâches de laboratoire avec des paris, en revanche, étaient peu corrélées à ces réponses.