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Adaptable au contexte : une tolérance au risque qui change selon le domaine

Par la rédaction de Personaramic6 min de lecture
Illustration minimaliste avec le style Adaptable au contexte dans un badge géométrique

Le style adaptable au contexte n’a pas de tolérance au risque fixe : elle change beaucoup selon le domaine, prudent sur certaines facettes de la vie et audacieux sur d’autres.

Un risque qui dépend du terrain

Pendant longtemps, on a traité la tolérance au risque comme un trait unique et stable de la personnalité. La recherche sur les attitudes face au risque par domaines, menée notamment par Elke Weber et ses collaborateurs, a beaucoup nuancé cette idée : certaines personnes sont prudentes avec l’argent et audacieuses sur le plan social, ou l’inverse, sans que cela constitue la moindre contradiction.

Le style adaptable au contexte est exactement cette variabilité devenue schéma : non pas de l’indécision, mais une lecture différente du risque selon ce qui est en jeu sur chaque terrain.

Ce que mesure le test avec cette étiquette

« Adaptable au contexte » est le nom que notre test sur votre rapport au risque donne à l’un de ses quatre profils, pas une catégorie issue d’un modèle académique. Il apparaît quand dominent des affirmations comme « Je suis prudent avec l’argent, mais bien plus audacieux dans d’autres domaines de ma vie » ou « Je ne me décrirais ni comme risque-tout ni comme prudent en général : ça dépend du terrain ».

Autrement dit, le profil ne mesure pas la quantité de risque assumée, mais à quel point cette disposition change d’un domaine à l’autre. L’idée de fond, elle, vient bien de la recherche, et elle est plutôt solide.

Ce que dit la recherche sur le risque par domaines

L’échelle DOSPERT

Weber, Blais et Betz (2002) ont créé l’échelle DOSPERT (Domain-Specific Risk-Taking), qui interroge sur la probabilité de se lancer dans des activités risquées dans cinq domaines : finances (en séparant investissement et jeu), santé et sécurité, loisirs, éthique et relations sociales. Dans leur échantillon d’étudiants américains, la disposition au risque dépendait fortement du domaine : presque personne n’était uniformément risque-tout ou uniformément prudent.

Le résultat le plus frappant est venu avec la version révisée de l’échelle : Blais et Weber (2006) ont calculé que la variation d’une même personne d’un domaine à l’autre était environ sept fois plus grande que la variation entre personnes. En d’autres termes, savoir sur quel terrain on décide en dit plus que savoir qui décide.

Pourquoi cela change : ce que chacun voit en jeu

Weber et ses collègues ont trouvé une autre piste importante. Les différences de risque entre domaines s’expliquaient surtout par la façon dont on percevait les risques et les bénéfices de chaque activité, et non par une attitude différente face au risque en soi. Quelqu’un qui investit avec entrain et conduit avec prudence ne « change » pas forcément « de caractère » : il voit des bénéfices clairs dans un cas et des dangers clairs dans l’autre.

Hanoch, Johnson et Wilke (2006) l’ont vérifié en recrutant des échantillons ciblés plutôt que des étudiants : les adeptes du saut à l’élastique, par exemple, prenaient beaucoup de risques dans leurs loisirs et seulement des risques modérés sur le plan financier. Et leur comportement s’expliquait surtout par le bénéfice perçu de l’activité.

Une composante commune, avec des nuances

La spécificité n’explique pas tout. Dans une grande enquête représentative allemande, Dohmen et ses collègues (2011) ont constaté que la disposition au risque dans des domaines comme la conduite, l’argent, le sport, la carrière ou la santé est fortement corrélée, mais pas parfaitement. La question générale était le meilleur prédicteur global des comportements risqués, mais pour chaque comportement précis, la question portant sur ce même domaine prédisait généralement mieux.

La lecture d’ensemble est raisonnable : nous avons tous une part de tendance générale, et chaque domaine y ajoute son propre réglage. Le profil adaptable décrit les personnes chez qui ce réglage est particulièrement marqué.

Comment cela se manifeste au quotidien

  • Son comportement face au risque change nettement selon le domaine : argent, travail, santé, relations ou loisirs.
  • Il ne se reconnaît pas facilement dans les étiquettes « prudent » ou « audacieux » sans nuance.
  • Il surprend souvent ceux qui ne le connaissent que dans un contexte et le voient agir dans un autre, très différent.
  • Il prend chaque décision de risque de façon assez indépendante des précédentes.

Un exemple : une personne qui place ses économies sur un livret qui ne rapporte presque rien et qui, en même temps, part vivre à l’étranger pour un emploi temporaire sans hésiter. Pour elle, il n’y a pas de contradiction : l’argent, elle le vit comme quelque chose qui se perd de façon irréversible, et le départ à l’étranger comme quelque chose qu’on peut toujours défaire.

Ce que ce style gagne et ce qu’il peut négliger

La flexibilité de ce style est un véritable atout : il ajuste sa réponse à ce que demande chaque terrain, au lieu d’appliquer la même formule partout. En contrepartie, elle peut produire une certaine incohérence difficile à expliquer aux autres, par exemple dans un environnement professionnel qui attend un comportement prévisible.

Kahneman et Lovallo (1993) ont en outre relevé une nuance : les gens ont tendance à évaluer chaque décision comme si elle était unique, isolée des autres. Ce « cadrage étroit » conduit à se montrer trop prudent face à de petits paris répétés qui, additionnés, seraient avantageux, et en même temps trop optimiste au sujet de ses propres projets. Un style qui décide au cas par cas est particulièrement sensible à ce biais, car il regarde rarement l’ensemble de ses décisions.

Comparé aux styles plus fixes

Contrairement au style prudent ou au style audacieux, qui maintiennent une posture plus constante, ce style se définit précisément par l’absence de cette constance.

Le style calculateur partage avec lui l’évaluation au cas par cas, mais selon un critère plus analytique que contextuel.

Vous voulez découvrir votre propre style ? Faites le test sur votre rapport au risque. C’est un questionnaire indicatif de connaissance de soi, pas une évaluation financière ni clinique.

Sources

  • Blais, A.-R. et Weber, E. U. (2006). A Domain-Specific Risk-Taking (DOSPERT) scale for adult populations. Judgment and Decision Making, 1(1), 33-47. https://doi.org/10.1017/S1930297500000334
  • Dohmen, T., Falk, A., Huffman, D., Sunde, U., Schupp, J. et Wagner, G. G. (2011). Individual risk attitudes: Measurement, determinants, and behavioral consequences. Journal of the European Economic Association, 9(3), 522-550. https://doi.org/10.1111/j.1542-4774.2011.01015.x
  • Hanoch, Y., Johnson, J. G. et Wilke, A. (2006). Domain specificity in experimental measures and participant recruitment: An application to risk-taking behavior. Psychological Science, 17(4), 300-304. https://doi.org/10.1111/j.1467-9280.2006.01702.x
  • Kahneman, D. et Lovallo, D. (1993). Timid choices and bold forecasts: A cognitive perspective on risk taking. Management Science, 39(1), 17-31. https://doi.org/10.1287/mnsc.39.1.17
  • Weber, E. U., Blais, A.-R. et Betz, N. E. (2002). A domain-specific risk-attitude scale: Measuring risk perceptions and risk behaviors. Journal of Behavioral Decision Making, 15(4), 263-290. https://doi.org/10.1002/bdm.414

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Questions fréquentes

Est-il rare d'avoir un niveau de risque différent selon le domaine ?

Non, c'est plutôt courant. Sur l'échelle DOSPERT, la variation d'une même personne d'un domaine à l'autre était environ sept fois plus grande que la variation entre personnes (Blais et Weber, 2006). La plupart des gens n'ont pas un niveau de risque unique et fixe pour tout.

Ce profil est-il plus difficile à prévoir ?

D'une certaine façon, oui : il ne suffit pas de savoir que quelqu'un est « à risque » ou « prudent » en général, il faut connaître le terrain précis sur lequel il évolue. Les études avec des mesures par domaine montrent que la question spécifique (sur l'argent, la santé ou le travail) prédit mieux le comportement dans ce domaine que la question générale.

Il n'existe donc pas d'attitude générale face au risque ?

Si, en partie. Sur un échantillon représentatif allemand, Dohmen et ses collègues (2011) ont constaté que la disposition au risque dans différents domaines est fortement corrélée, mais pas parfaitement. Il existe une composante commune et, par-dessus, des différences propres à chaque terrain.