Le coping évitant : reporter le problème, protection ou risque ?
Coping évitant : détourner le regard, du moins pour l’instant
Le coping évitant décrit la tendance à reporter ou détourner le regard d’une situation stressante, du moins dans un premier temps. C’est l’une des stratégies de coping les moins bien comprises : ce n’est pas simplement « ne rien faire » sans raison, mais une façon, parfois utile, parfois coûteuse, de se protéger d’un mal-être perçu comme trop important pour l’affronter immédiatement.
Note de responsabilité : Cet article s’appuie sur la littérature du coping du stress initiée par Richard Lazarus et Susan Folkman, qui identifie l’évitement comme une troisième grande catégorie aux côtés du coping centré sur le problème et sur l’émotion, et a une visée exclusivement vulgarisée.
D’où ça vient : protéger, même temporairement
Éviter n’est pas toujours du pur déni : c’est souvent une façon de gagner du temps pendant qu’on rassemble les ressources émotionnelles nécessaires pour affronter quelque chose de face. Le problème n’est pas la pause en elle-même, mais le fait que, contrairement à d’autres stratégies, l’évitement n’agit pas sur la cause du stress : pendant qu’il dure, le problème reste généralement là, et dans bien des cas, il s’aggrave.
Formes habituelles d’éviter sans l’appeler ainsi
- Report systématique : remettre à plus tard des tâches ou des conversations qui génèrent du mal-être, même quand elles sont urgentes.
- Distraction active : occuper son temps avec autre chose pour ne pas penser à ce qui préoccupe.
- Minimisation : relativiser l’importance d’un problème comme façon de ne pas avoir à l’aborder tout de suite.
- Délégation d’évitement : demander à quelqu’un d’autre de s’occuper de quelque chose non pas tant parce qu’il le ferait mieux, mais pour ne pas avoir à l’affronter soi-même.
- Soulagement à court terme, coût à long terme : la sensation de calme immédiat s’accompagne souvent d’une tension accumulée plus tard.
Imaginez une facture ou une lettre de la banque qui arrive et reste non ouverte sur la table plusieurs jours. Chaque fois que la personne l’aperçoit du coin de l’œil, elle ressent une pointe de mal-être, et chaque fois elle décide « je regarderai ça plus tard, avec plus de calme ». Le problème, c’est que le montant réel, quel qu’il soit, ne change pas parce que la lettre reste fermée : ce qui change, c’est la durée de l’anxiété de fond en attendant, et parfois le délai pour réagir sans coût supplémentaire.
Le prix qui augmente avec le temps
Le coût de l’évitement n’est presque jamais fixe : dans bien des cas, il augmente à mesure qu’on le reporte. Une conversation gênante avec un collègue devient généralement plus difficile plus le temps passe sans qu’elle ait lieu, parce que le malaise accumulé s’ajoute au motif d’origine. Un problème de santé mineur ignoré peut se compliquer. Une petite dette non gérée peut générer des intérêts. Cela ne fait pas automatiquement de l’évitement une erreur (parfois la situation s’améliore effectivement d’elle-même, ou le moment de l’affronter vraiment n’est pas encore venu), mais c’est la raison pour laquelle ce style, plus que les trois autres, mérite d’être réexaminé assez régulièrement : se demander si ce qu’on évite reste aussi gérable qu’au départ, ou si la marge pour agir sans coût supplémentaire se réduit.
Votre défi de croissance
La clé n’est pas d’éliminer complètement ce style (une courte pause avant d’affronter quelque chose d’important peut être parfaitement adaptative), mais de remarquer quand il est devenu l’unique stratégie disponible pendant que le problème reste intact ou s’aggrave. Diviser ce qui génère l’évitement en une première étape très petite et très concrète, quelque chose qui se fait en quelques minutes, réduit généralement la résistance initiale bien plus efficacement que d’essayer d’affronter le problème en entier d’un coup.
Ce que Tolle appelle le « corps de souffrance »
Eckhart Tolle, dans Le pouvoir du moment présent (1997), décrit un concept qui aide à comprendre pourquoi certains évitements durent si longtemps : ce qu’il appelle le « corps de souffrance », une accumulation de mal-être émotionnel non traité qui reste stockée et ressurgit, presque avec une vie propre, chaque fois que quelque chose l’active. Éviter, dans bien des cas, n’est pas seulement reporter une tâche concrète : c’est éviter le contact avec ce mal-être accumulé que la tâche menace de remuer. Tolle avance que la première étape n’est pas de forcer l’affrontement direct, mais simplement de reconnaître consciemment que ce mal-être est là, plutôt que de continuer à agir depuis lui sans s’en rendre compte. Nommer ce qu’on est en train d’éviter, et pourquoi cela génère tant de résistance, tend à alléger une partie de cette charge, même avant d’aborder le problème lui-même.
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Questions fréquentes
Le coping évitant est-il toujours négatif ?
Pas toujours. Comme pause temporaire face à quelque chose d'accablant, il peut être adaptatif ; le problème apparaît quand il devient l'unique stratégie et que le problème continue de grandir pendant ce temps.
Pourquoi ai-je tendance à reporter les choses qui me stressent ?
C'est souvent une façon de se protéger du mal-être immédiat que provoque le fait d'affronter le problème, même au prix que ce problème reste présent, voire s'aggrave.
Comment puis-je passer de l'évitement à l'affrontement ?
La littérature sur le coping du stress associe le fait de diviser un problème en une première étape petite et concrète à moins de résistance initiale qu'à l'affronter d'un coup, même si le processus varie selon les personnes et que, face à un évitement générant un mal-être important, l'orientation d'un professionnel est recommandée.
Ce résultat est-il un diagnostic ?
Non. C'est une approche orientative et vulgarisée, pas une échelle clinique validée.