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Pourquoi 69 % des conflits de couple ne se résolvent-ils jamais complètement ?

Par Rafa Personaramic5 min de lecture
Illustration minimaliste de deux cercles entrelacés avec un symbole de pourcentage

Deux types de conflit, pas un seul

John Gottman, après des années de suivi de vrais couples dans ses recherches à l’université de Washington, est arrivé à une distinction qui change la façon de comprendre le conflit de couple : tous les désaccords ne sont pas du même type. Selon ses travaux, tout conflit de couple, de la plus petite irritation à la dispute la plus sérieuse, peut se classer dans l’une de deux catégories : soluble ou perpétuel.

Un problème soluble a, selon cette distinction, une issue pratique concrète : quelque chose de spécifique à changer ou à convenir, et une fois convenu, le conflit cesse de réapparaître dans ces mêmes termes. Un problème perpétuel est différent à la racine : il naît d’une différence de personnalité, de style de vie ou de valeurs entre les deux membres du couple, quelque chose qui n’a pas de solution unique le refermant pour toujours. Il continuera de faire partie de la relation, d’une façon ou d’une autre, indéfiniment.

Le chiffre : 69 %

Voici la découverte qui surprend le plus dans cette partie des recherches de Gottman : la majorité des conflits de couple, exactement 69 % selon ses données, sont de type perpétuel, non soluble. Dans les suivis que son équipe a menés auprès des mêmes couples sur quatre ans, ils ont trouvé quelque chose de frappant : ils continuaient de se disputer exactement sur le même sujet. Gottman le décrit avec une image concrète : c’est comme si, au lieu de quatre ans, seulement quatre minutes s’étaient écoulées. Les couples avaient changé de vêtements, de coiffure, même de poids, mais continuaient d’avoir la même dispute de fond.

Certains des conflits perpétuels réels qu’il documente dans ses recherches, chez des couples qu’il décrit comme heureux, donnent une idée de leur caractère souvent très ordinaire :

  • L’un des deux veut avoir un enfant et l’autre n’est pas sûr de le vouloir ou d’être prêt.
  • Une différence persistante dans la fréquence du désir sexuel entre les deux.
  • L’un des deux néglige les tâches ménagères jusqu’à ce que l’autre doive insister, ce qui génère une friction récurrente.
  • Un couple où l’un veut élever les enfants dans une tradition religieuse et l’autre dans une différente.

Pourquoi ce n’est pas nécessairement un mauvais symptôme

Ce qui rend cette découverte intéressante n’est pas seulement le chiffre en lui-même, mais où il apparaît : Gottman a trouvé des conflits perpétuels aussi bien chez des couples qu’il classait comme stables et satisfaits que chez des couples qui finissaient par se séparer. Autrement dit, avoir un conflit perpétuel ne distinguait pas à lui seul un couple sain d’un couple qui ne l’était pas. Ce qui faisait la différence, selon son analyse, c’était la façon dont chaque couple cohabitait avec ce conflit : s’ils parvenaient à en parler sans que cela dérive vers le mépris ou un blocage total de la communication, ou si le sujet devenait un point de rupture constant à chaque fois qu’il apparaissait.

Cette distinction a une implication qui contredit une idée très répandue sur les relations : celle qu’un bon couple est celui qui « n’a pas de problèmes » ou qui « les résout tous ». Selon les propres données de Gottman, même les couples les plus stables de ses recherches ne parvenaient pas à résoudre la majorité de leurs conflits de fond. La stabilité ne dépendait pas d’éliminer ces différences, mais de la manière concrète dont le couple les gérait à chaque fois qu’elles resurgissaient.

Quand un conflit perpétuel devient un « blocage »

Gottman distingue, au sein même des conflits perpétuels, ceux qu’un couple parvient à surmonter et ceux qui finissent dans ce qu’il appelle le « gridlock » (blocage ou impasse totale). Un conflit perpétuel bien géré continue d’apparaître de temps en temps, mais sans s’aggraver. Un conflit bloqué, en revanche, se répète encore et encore sans aucune avancée, génère un sentiment de rejet mutuel, et avec le temps les quatre cavaliers (critique, mépris, attitude défensive, évitement) apparaissent de plus en plus tandis que l’humour et l’affection disparaissent presque complètement de ces conversations. Gottman décrit comment, à ce stade, le couple commence à s’isoler émotionnellement sans s’en rendre compte, s’acheminant vers ce qu’il décrit comme des vies parallèles au sein de la même relation.

Selon ses recherches, derrière presque tout conflit bloqué se cache ce qu’il appelle un « rêve caché » : une aspiration ou une valeur personnelle profonde de l’un des deux qui n’a été ni nommée ni reconnue au sein de la dispute. Le différend récurrent, selon cette idée, ne porte pas vraiment sur le sujet superficiel qui se répète (l’argent, les tâches, l’éducation des enfants), mais sur ce besoin de fond qu’aucun des deux n’a mis clairement sur la table.

Identifier de quel type est un conflit, avant d’essayer de le résoudre

Gottman propose, comme première étape pratique dans ses recherches, quelque chose d’aussi simple que catégoriser chaque désaccord récurrent : se demander s’il est soluble (quelque chose avec une issue concrète possible) ou perpétuel (une différence de fond qui continuera probablement d’apparaître). Selon lui, une bonne partie de la frustration dans les couples vient du fait de traiter un problème perpétuel comme s’il était soluble : insister pour trouver une solution définitive à quelque chose qui, par sa nature même, n’en a pas, au lieu de le reconnaître comme une différence avec laquelle cohabiter autrement.

Cette distinction entre le soluble et le perpétuel est, selon les propres recherches de Gottman, l’une des découvertes qui change le plus la façon de lire un conflit qui se répète : non comme un échec parce qu’il « continue de ne pas se résoudre », mais comme une catégorie différente de problème, avec ses propres règles.

Si cela vous intéresse d’approfondir les schémas de communication de Gottman, vous pouvez poursuivre avec notre article sur les quatre cavaliers de l’Apocalypse dans les relations de couple.

Questions fréquentes

Quelle différence y a-t-il entre un problème soluble et un problème perpétuel, selon Gottman ?

Un problème soluble a une solution pratique concrète à laquelle les deux peuvent parvenir. Un problème perpétuel naît d'une différence de personnalité, de valeurs ou de besoins de fond entre les deux, et c'est pourquoi il réapparaît encore et encore sous des formes différentes.

Si 69 % des conflits sont perpétuels, cela signifie-t-il que presque aucun couple ne résout rien ?

Pas exactement : Gottman a trouvé ce schéma aussi bien chez des couples stables que chez des couples qui finissaient par se séparer. La différence n'était pas dans le fait que le conflit perpétuel existe, mais dans la façon dont le couple cohabitait avec lui.

Cette découverte s'applique-t-elle à n'importe quel type de dispute ?

Gottman la décrit à partir de ses propres suivis longitudinaux de vrais couples pendant des années, pas comme une loi universelle applicable à n'importe quel désaccord ponctuel sans plus de contexte.