Sept choses auxquelles vous pouvez être « attaché » sans le savoir, et aucune n'est une personne
Quand on parle d’« attachement », on pense presque toujours à l’amour. Mais le psychologue Walter Riso documente, dans son livre Se détacher sans anesthésie (2012), des cas réels de personnes piégées dans des formes d’attachement qui n’ont rien à voir avec une relation de couple.
La définition qu’il utilise reste toujours la même : un lien mental et émotionnel à quelque chose, quel qu’il soit, soutenu par la croyance que cette chose est indispensable pour aller bien.
Voici sept des formes les moins évidentes qu’il documente.
1. L’attachement à l’approbation sociale
Riso raconte l’anecdote d’un maître spirituel qui, selon ses propres mots, a vécu ainsi : « jusqu’à vingt ans, ce que les gens pouvaient penser de moi ne m’a jamais préoccupé. À partir de vingt ans, ce que mes voisins pouvaient penser me préoccupait constamment. Mais un jour, après avoir eu cinquante ans, j’ai soudain compris qu’ils avaient à peine pensé à moi ».
- L’attachement à l’approbation, ce n’est pas vouloir plaire, quelque chose de naturel chez n’importe qui.
- C’est la croyance que l’on ne peut pas vivre sans la reconnaissance constante des autres.
- Riso le décrit comme l’une des dépendances les plus courantes précisément parce qu’elle est socialement valorisée : personne ne s’étonne que quelqu’un « ait besoin » d’être accepté.
2. L’attachement à un objet qui « transforme » celui qui le porte
Une patiente de Riso conservait, comme son bien le plus précieux, un collier de perles. Elle ne l’appréciait pas seulement : elle le portait et, selon ce que décrit l’auteur lui-même, « sa personnalité changeait, elle devenait plus extravertie, plus audacieuse et sûre d’elle ». Ce n’était pas, écrit Riso, « un simple bijou ».
- L’objet en lui-même est neutre. Ce qui génère l’attachement, c’est d’y avoir déposé une fonction psychologique (sécurité, identité) qui ne lui revient pas en réalité.
- La preuve qu’il existe un attachement, et pas seulement une préférence, se voit dans ce qui se passe si l’objet se perd ou s’abîme.
3. L’attachement à un bronzage
Un homme de quarante ans est venu en consultation parce que sa partenaire « avait honte » de son bronzage excessif. Il entrait quotidiennement dans une cabine de bronzage depuis cinq ans, avec des lésions cutanées qui inquiétaient déjà les médecins.
- L’origine, selon la description du cas, remontait à des moqueries dans l’enfance à cause d’une peau très blanche.
- Après un temps de thérapie, le patient a fait une découverte que Riso décrit comme décisive : en réalité, personne ne se souciait de la couleur de sa peau. L’attachement a perdu de sa force dès que cette croyance a été confrontée à la réalité, et non plus seulement à la peur.
4. L’attachement à être toujours à jour
Riso décrit, à partir de sa propre observation lors de salons technologiques, des personnes qui sentent qu’« il leur manque quelque chose » si elles n’intègrent pas chaque nouveauté disponible, fût-ce, selon ses mots, « un port USB pour se sentir moins incomplètes ».
- Ce n’est pas de la curiosité pour la technologie. C’est la sensation d’être en permanence désavantagé si l’on n’est pas le premier à l’avoir.
- C’est la même logique, souligne l’auteur, que l’attachement à la mode : seul l’objet varie.
5. L’attachement au travail
L’un des cas les plus cités du livre est celui d’un cadre souffrant d’une forte addiction au travail (quatorze heures par jour, y compris le week-end), éloigné de sa femme et de ses deux enfants adolescents.
Le changement est survenu quand on a diagnostiqué à son fils cadet une tumeur cérébrale. Avant d’entrer dans une opération à risque, le jeune homme lui a demandé une seule faveur : « S’il te plaît, papa, ne travaille pas autant, je ne te vois presque plus ».
- Le patient n’a pas arrêté de travailler. Il a appris, selon les mots de Riso, à travailler « sans excès », en profitant de l’activité sans qu’elle absorbe le reste de sa vie.
- Le cas illustre quelque chose qui se répète tout au long du livre : l’attachement se rompt rarement sur une réflexion abstraite. C’est presque toujours une circonstance qui oblige à regarder en face ce que l’on évitait.
6. L’attachement à une tradition dont plus personne ne se souvient de la raison
Riso rapporte un récit classique sur un gourou qui, pour que son chat cesse de distraire les fidèles pendant le culte du soir, ordonnait de l’attacher pendant les prières. Bien après la mort du gourou, ses disciples continuaient d’attacher un chat pendant le culte, génération après génération. Quand ce chat mourut à son tour, ils en amenèrent un autre au temple pour pouvoir continuer à l’attacher.
- Aucun disciple ne se souvenait plus pourquoi on le faisait. Ils savaient seulement que « c’était ainsi qu’on avait toujours fait ».
- Riso utilise cette histoire pour souligner que l’attachement au passé et à la coutume peut survivre longtemps après la disparition de sa raison d’être originelle.
7. L’attachement à ne jamais commettre d’erreur
Riso décrit le cas d’une jeune femme brillante, avec un quotient intellectuel dans le soixante-dixième centile, qui vivait convaincue d’être « peu intelligente » pour avoir redoublé une classe à cause d’une dyslexie non diagnostiquée à temps. Elle s’était imposé une autoexigence extrême comme façon de compenser cette peur.
- L’ironie, selon le cas lui-même, est que l’autoexigence censée la « protéger » de l’échec était, en elle-même, la cause principale de son malaise.
- Riso le résume avec une idée qui s’applique à plusieurs des attachements de cette liste : le remède que quelqu’un construit pour calmer une insécurité peut finir par peser plus lourd que l’insécurité originelle.
Le fil qui relie les sept cas
Dans aucun d’eux le problème n’est l’objet : ni le portable, ni le collier, ni le bronzage, ni le travail. Le problème, selon le cadre que propose Riso, est la croyance que cet objet précis est la seule source possible de quelque chose qui, en réalité, peut se soutenir de plus d’une façon.
Cela ne rend pas ces attachements moins réels, ni moins difficiles à lâcher. Cela explique seulement pourquoi, presque toujours, ils se résolvent en regardant la croyance de fond, non en changeant l’objet contre un autre semblable.
Sources
- Riso, W. (2012). Desapegarse sin anestesia: Cómo soltarse de todo aquello que nos quita energía y bienestar. Editorial Planeta Colombiana.
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Questions fréquentes
L'attachement psychologique ne s'applique-t-il qu'aux relations de couple ?
Non. Selon ce que décrit le psychologue Walter Riso dans Se détacher sans anesthésie (2012), le même mécanisme (croire qu'une chose est indispensable à son propre bien-être) peut s'appliquer aux personnes, mais aussi aux objets, aux idées, aux habitudes ou même à sa propre image physique.
Comment savoir si quelque chose est devenu un attachement et n'est pas simplement une passion ?
Selon ce cadre, la différence tient à la capacité d'y renoncer quand cela est opportun. Une passion se savoure ; un attachement se ressent comme un besoin, génère de l'anxiété à l'idée de le perdre et occupe plus d'espace mental et émotionnel que son importance réelle ne le justifierait.
Les cas cliniques mentionnés dans cet article sont-ils réels ?
Ce sont des cas décrits par Walter Riso dans son livre, présentés comme des exemples de sa pratique clinique, avec des noms modifiés ou non précisés pour des raisons de confidentialité, comme c'est habituel dans ce type de littérature de vulgarisation psychologique.
Cet article est-il un guide pour surmonter un attachement précis ?
Non. Il résume des exemples d'un livre de vulgarisation psychologique à des fins informatives et de curiosité. Il ne remplace pas l'évaluation d'un professionnel de la santé mentale si l'un de ces schémas génère un malaise significatif.