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Attachement

Attachement désorganisé : entre le désir de proximité et la méfiance

Par Rafa Personaramic5 min de lecture
Illustration minimaliste avec les mots ATTACHEMENT DÉSORGANISÉ sur un badge géométrique

Attachement désorganisé : deux impulsions qui tirent dans des directions opposées

L’attachement désorganisé combine une anxiété élevée face à l’abandon possible, la même qui définit l’attachement anxieux, avec un évitement tout aussi élevé de la proximité, celui qui caractérise l’attachement évitant. Le résultat est un schéma moins prévisible que les trois autres : la personne peut rechercher activement l’intimité et, peu après, ressentir le besoin de se protéger de cette même intimité.

Ce n’est pas une contradiction gratuite : c’est la coexistence réelle de deux systèmes d’alarme qui n’ont pas fini de s’organiser entre eux.

Note de responsabilité : cet article s’appuie sur la théorie de l’attachement de Bowlby et Ainsworth et sur des recherches ultérieures (Main et Solomon, Bartholomew, entre autres) et a une finalité exclusivement informative. Il ne remplace pas l’évaluation, le diagnostic ni l’intervention d’un professionnel de la santé mentale.

D’où cela vient : quand la figure de soin fait peur et rassure à la fois

Mary Ainsworth n’avait décrit que trois styles dans sa recherche originale ; ce sont Mary Main et Judith Solomon qui, en 1986, ont identifié un quatrième groupe de bébés qui ne correspondait à aucun d’eux. Dans la « situation étrange », ces enfants montraient des comportements d’approche contradictoires (s’approcher de leur mère en regardant ailleurs, par exemple), de la confusion ou de l’appréhension à son retour, et se figeaient parfois quelques secondes, comme s’ils ne savaient quelle stratégie adopter.

Ce schéma est souvent associé à des environnements où la figure de soin elle-même était à la fois source de peur et de réconfort : négligence sévère, maltraitance ou expériences traumatiques non résolues de la part de qui devait protéger l’enfant. Cela génère un paradoxe que Main a décrit clairement : si l’enfant s’approche en recherchant l’attachement, il active l’anxiété d’un donneur de soins qui ne sait pas bien répondre ; s’il s’éloigne, ce même donneur de soins peut le ressentir comme un rejet et réagir avec hostilité. Aucune stratégie ne fonctionne de façon fiable, si bien que le système d’attachement, au lieu de s’organiser autour d’une seule, reste fragmenté entre plusieurs.

Deux formes d’expression à l’âge adulte

La littérature clinique décrit, de façon générale, deux manières dont ce schéma peut se manifester à l’âge adulte, sans qu’elles soient nécessairement exclusives l’une de l’autre :

  • Contrôlant : la personne tente de gérer l’imprévisibilité en prenant elle-même le contrôle du lien, soit de façon plus agressive (imposant distance ou hostilité avant que l’autre ne puisse le faire), soit par un soin compulsif ou une complaisance excessive envers l’autre, comme façon indirecte de se sentir en sécurité.
  • Détaché : la personne réduit le conflit en se retirant presque complètement du lien, en minimisant son importance pour ne pas se réexposer à cette contradiction.

Comment cela se manifeste dans les relations

  • Va-et-vient entre se rapprocher et s’éloigner : des moments de forte recherche de proximité suivis, presque sans transition, du besoin de mettre de la distance.
  • Difficulté à faire confiance, même en le désirant : la confiance est perçue comme nécessaire et risquée à la fois.
  • Réactions pouvant sembler disproportionnées : face au stress relationnel, il est facile de passer de la recherche de réassurance à la fermeture émotionnelle en peu de temps.
  • Souvenirs difficiles à mettre en mots : il est fréquent que les personnes ayant ce schéma décrivent leur histoire affective de façon plus fragmentée ou confuse que d’autres styles, ce qui en psychologie est lié aux « mémoires implicites » : le malaise a été enregistré comme une sensation, non comme un récit ordonné.

Satisfaction et compatibilité en couple

Parmi les quatre styles, c’est celui que les études sur la satisfaction conjugale situent le plus systématiquement aux niveaux les plus bas : en désactivant ses propres besoins d’attachement dans les moments de malaise, la personne ne permet pas à son partenaire de devenir une source réelle de réconfort, même si elle le désire au fond. Cela ne signifie pas que les relations stables soient impossibles, mais qu’elles nécessitent généralement plus de travail conscient, et souvent un accompagnement professionnel, pour rompre le cycle de rapprochement et d’éloignement avant qu’il ne devienne le schéma par défaut du couple.

Ce que propose la recherche sur ce schéma

La littérature clinique associe différents facteurs à une plus grande stabilité de ce schéma, bien que, étant donné ses racines souvent plus complexes, l’accompagnement professionnel soit généralement signalé comme le cadre le plus indiqué pour le travailler :

  1. Reconnaître le va-et-vient pendant qu’il se produit, pas seulement après coup : Main et Solomon (1986) proposent que remarquer le passage entre l’impulsion de se rapprocher et celle de s’éloigner est un premier pas vers l’autorégulation.
  2. Le rôle des relations stables et prévisibles : la recherche associe les liens constants, qui ne reproduisent pas l’incertitude originelle, à une évolution plus favorable du schéma.
  3. Structure au quotidien : Bowlby (1969/1982) suggère qu’un sentiment de contrôle sur de petits aspects de sa propre vie peut en partie contrebalancer l’imprévisibilité interne du schéma.

Étant donné que ce style a souvent des racines plus complexes (fréquemment liées à des expériences précoces difficiles), un processus thérapeutique spécifique avec un professionnel de la santé mentale agréé offre généralement des outils qui vont au-delà de la connaissance de soi, en particulier pour traiter des souvenirs difficiles à mettre en mots. La façon dont ce schéma se vit lors d’une conversation difficile, en comparaison des trois autres styles, est développée dans notre article sur la communication selon votre style d’attachement.

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Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'attachement désorganisé ?

Le style de lien où anxiété et évitement sont tous deux élevés : la proximité est désirée mais aussi perçue comme un risque, ce qui génère un va-et-vient entre se rapprocher et s'éloigner.

Est-ce le style d'attachement le plus difficile à gérer ?

Il est généralement considéré comme le plus complexe, car il combine deux impulsions contradictoires (chercher et éviter la proximité) plutôt qu'une seule, ce qui peut générer de la confusion tant pour soi que pour l'autre.

Peut-on travailler sur l'attachement désorganisé ?

Oui, bien qu'il bénéficie particulièrement d'un accompagnement professionnel, car il est souvent lié à des expériences précoces plus complexes que dans les autres styles.

Est-ce la même chose que l'attachement 'craintif' dont parlent certaines études sur les adultes ?

Ils sont apparentés mais pas identiques. 'Désorganisé' est la catégorie enfantine de Main et Solomon (1986), souvent liée à des expériences précoces difficiles ; 'craintif' en est l'équivalent approximatif dans les modèles d'auto-évaluation pour adultes, comme celui de Bartholomew, et n'implique pas toujours la même intensité.