Vertu de l'humanité : prendre soin des autres
La vertu de l’humanité : prendre soin du bien-être d’autrui
Prendre soin de ses proches, pas seulement de la communauté en général, est le fil conducteur de l’humanité : Christopher Peterson et Martin Seligman, dans leur classification de la psychologie positive (2004), regroupent sous cette vertu les forces centrées sur les relations proches et le soin porté aux autres.
Les personnes qui se distinguent dans cette vertu prennent généralement soin de façon active du bien-être de leur entourage, pas seulement de manière réactive lorsqu’on leur demande de l’aide.
Les trois forces qui la composent
- Amour : la capacité à valoriser et à entretenir des relations étroites avec les autres, sous leurs différentes formes : l’affection envers celles et ceux qui prennent soin de nous, l’attention portée à celles et ceux qui dépendent de nous, et le désir de proximité émotionnelle, physique et sexuelle propre à l’amour romantique.
- Bonté : une orientation vers l’autre fondée sur le fait de le reconnaître comme méritant attention, aide et respect en tant que tel, non par obligation ni par intérêt. Elle se traduit par des comportements d’aide concrets.
- Intelligence sociale : la capacité à raisonner sur les informations émotionnelles, les siennes comme celles des autres (motivations, sentiments), et à les utiliser pour bien s’ajuster à différentes situations sociales.
Signes de cette vertu au quotidien
- Elles aident sans qu’on le leur demande, en remarquant qu’un proche a besoin de soutien avant même qu’il ne le formule.
- Elles comprennent bien ce qui motive les autres, ce qui facilite des relations plus fluides et moins de malentendus.
- Elles prennent soin du bien-être d’autrui de façon sincère, non comme une stratégie sociale mais comme une préoccupation réelle.
- Elles distinguent le cercle proche du reste : elles s’occupent avec intensité de celles et ceux qu’elles aiment, mais traitent aussi avec respect les personnes qu’elles ne connaissent pas, sans avoir besoin d’une raison utilitaire pour cela.
Un exemple de tous les jours : une collègue remarque qu’un membre de l’équipe est plus silencieux que d’habitude depuis deux jours. Elle ne l’interroge pas devant tout le monde ; elle lui propose un café en tête-à-tête et, au lieu de présumer ce qui lui arrive, lui demande ce qui lui ferait du bien. Les trois forces sont dans cette scène : le lien (amour), l’initiative d’aider (bonté) et la lecture de la situation (intelligence sociale).
Ce que disent les données sur cette vertu
La classification de Peterson et Seligman a été construite à partir de textes moraux de plusieurs traditions (confucianisme, taoïsme, bouddhisme, hindouisme, philosophie athénienne, judaïsme, christianisme et islam), et l’humanité faisait partie des six vertus présentes dans toutes (Dahlsgaard, Peterson et Seligman, 2005). Depuis, le questionnaire qui la mesure, le VIA-IS, a été rempli par des centaines de milliers de personnes, ce qui permet d’aller au-delà de la définition.
- L’amour compte parmi les forces les plus liées à la satisfaction de vie. Dans une étude portant sur 5 299 adultes, Park, Peterson et Seligman (2004) ont constaté que l’espoir, la vitalité, la gratitude, l’amour et la curiosité étaient les forces associées de la façon la plus constante au fait d’être satisfait de sa vie. C’est une corrélation, pas la preuve que l’une cause l’autre.
- La bonté fait partie des forces les plus répandues presque partout. En comparant plus de 100 000 personnes de 54 pays, la même équipe a observé que la bonté, l’équité, l’honnêteté, la gratitude et le jugement (l’ouverture d’esprit) étaient les forces que les gens s’attribuaient le plus souvent, dans un ordre très semblable d’un pays à l’autre (Park, Peterson et Seligman, 2006).
- Aider fait du bien à celui qui aide, même si l’effet est modeste. Une méta-analyse de 27 études expérimentales (4 045 participants) a estimé que les actes de gentillesse améliorent le bien-être de leur auteur avec un effet de taille petite à modérée (δ = 0,28) (Curry et al., 2018). Dans le même sens, Dunn, Aknin et Norton (2008) ont observé que les personnes à qui l’on demandait, par tirage au sort, de dépenser de l’argent pour les autres se sentaient plus heureuses en fin de journée que celles qui le dépensaient pour elles-mêmes.
Une nuance apportée par la recherche ultérieure : lorsqu’on analyse statistiquement les réponses au VIA-IS, les six vertus n’apparaissent pas telles quelles. Dans une analyse de plus d’un million de cas, Robert McGrath (2015) a trouvé une structure plus simple en trois grands facteurs, et celui qu’il a appelé attention aux autres (Caring) réunit surtout la gratitude, la bonté, l’amour et le travail d’équipe. L’humanité recoupe donc des forces que la classification d’origine répartissait entre d’autres vertus.
Un talent qui voyage : l’exemple de l’empathie
Dans Now, Discover Your Strengths (2001), un ouvrage de vulgarisation destiné au monde de l’entreprise, Marcus Buckingham et Donald Clifton (créateurs de la méthode StrengthsFinder de Gallup) racontent le cas de Danielle, une journaliste qui a opéré un virage professionnel vers l’accompagnement en soins palliatifs. Ce qui a rendu ce changement possible, c’est qu’elle a reconnu que ses principaux talents (l’empathie et la capacité à mener une conversation difficile) resteraient précieux dans un contexte très différent.
Le point que soulignent les auteurs est qu’un talent comme l’empathie ou l’intelligence sociale est portable : il accompagne la personne, qu’elle s’occupe d’un proche, coordonne une équipe ou soutienne quelqu’un dans un moment difficile. C’est une lecture de vulgarisation, pas un résultat empirique, mais elle rejoint la scène du café : la même force sert partout où il y a une autre personne.
Comment elle se cultive
Une idée fréquente dans la littérature sur cette vertu est celle de l’aide concrète plutôt que générique : demander ce dont l’autre a réellement besoin, plutôt que de le présumer, est ce qui distingue un vrai geste d’attention d’un geste symbolique.
On y ajoute souvent la lecture émotionnelle (prêter attention au ton, aux gestes ou aux silences de quelqu’un, pas seulement à ses mots) comme fondement de l’intelligence sociale, ainsi qu’une limite nécessaire : cette vertu se maintient mieux lorsqu’elle n’implique pas d’ignorer ses propres besoins au profit de ceux des autres.
Pour voir si l’humanité est votre force la plus marquée ou si une autre des six domine, il y a le test des forces de caractère. Si c’est plus précisément la capacité à vous mettre à la place de l’autre qui vous intéresse, le test d’empathie l’explore séparément.
Sources
- Peterson, C. et Seligman, M. E. P. (2004). Character Strengths and Virtues: A Handbook and Classification. Oxford University Press.
- Dahlsgaard, K., Peterson, C. et Seligman, M. E. P. (2005). Shared virtue: The convergence of valued human strengths across culture and history. Review of General Psychology, 9(3), 203-213. https://doi.org/10.1037/1089-2680.9.3.203
- Park, N., Peterson, C. et Seligman, M. E. P. (2004). Strengths of character and well-being. Journal of Social and Clinical Psychology, 23(5), 603-619. https://doi.org/10.1521/jscp.23.5.603.50748
- Park, N., Peterson, C. et Seligman, M. E. P. (2006). Character strengths in fifty-four nations and the fifty US states. The Journal of Positive Psychology, 1(3), 118-129. https://doi.org/10.1080/17439760600619567
- McGrath, R. E. (2015). Integrating psychological and cultural perspectives on virtue: The hierarchical structure of character strengths. The Journal of Positive Psychology, 10(5), 407-424. https://doi.org/10.1080/17439760.2014.994222
- Curry, O., Rowland, L., Van Lissa, C., Zlotowitz, S., McAlaney, J. et Whitehouse, H. (2018). Happy to help? A systematic review and meta-analysis of the effects of performing acts of kindness on the well-being of the actor. Journal of Experimental Social Psychology, 76, 320-329. https://doi.org/10.1016/j.jesp.2018.02.014
- Dunn, E. W., Aknin, L. B. et Norton, M. I. (2008). Spending money on others promotes happiness. Science, 319(5870), 1687-1688. https://doi.org/10.1126/science.1150952
- Buckingham, M. et Clifton, D. O. (2001). Now, Discover Your Strengths. Free Press.
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Questions fréquentes
Quelles forces inclut la vertu de l'humanité ?
Trois : l'amour (la capacité à valoriser la proximité avec les autres), la bonté et l'intelligence sociale : comprendre ce qui motive les autres.
L'humanité, est-ce la même chose que la complaisance ?
Non. C'est prendre soin sincèrement du bien-être d'autrui, pas faire systématiquement passer l'autre avant soi au point de ne plus poser de limites.
Quel est le lien avec l'empathie ?
Elles sont très liées : l'empathie est la compréhension de ce que ressent l'autre, tandis que cette vertu inclut en plus la volonté active d'agir à partir de cette compréhension.
Quelle différence entre amour et bonté dans ce modèle ?
L'amour se concentre sur les liens proches et réciproques (famille, couple, amitié intime) ; la bonté s'étend aussi à celles et ceux qui ne font pas partie de ce cercle proche, simplement parce qu'on les reconnaît comme méritant attention et respect.