Décideur évitant : repousser comme façon de décider
Repousser la décision est, en pratique, votre façon de décider : vous avez du mal à vous engager envers une option tant que vous pouvez rester ouvert à d’autres.
Garder les portes ouvertes se ressent comme plus sûr que d’en fermer une, même si cela a aussi un coût qui passe parfois inaperçu.
Reporter comme stratégie, selon Scott et Bruce
Dans le modèle des styles de décision de Suzanne Scott et Reginald Bruce (1995), le style évitant se caractérise par la tendance à reporter ou à éluder les décisions chaque fois que possible. Il ne s’agit pas nécessairement d’un manque de jugement : la personne sait souvent quelle option elle préfère, mais l’acte même de fermer une porte, d’écarter définitivement les autres alternatives, génère une résistance que les autres profils ne ressentent pas avec la même intensité.
Comment reconnaître ce schéma
- Les décisions sont reportées même quand il y a déjà assez d’informations pour les prendre avec des garanties.
- Garder plusieurs options ouvertes se ressent comme plus confortable qu’en choisir une, même si cela implique plus d’incertitude à long terme.
- Les délais externes (une échéance imposée) finissent généralement par forcer la décision.
- Le soulagement de reporter est immédiat, ce qui renforce le schéma même si le coût accumulé est plus élevé.
Le coût invisible de ne pas décider
Le coût réel de ce style n’est pas toujours visible : ne pas décider est aussi une décision, et cela signifie généralement rester avec l’option par défaut, pas nécessairement la meilleure. Se fixer ses propres délais concrets, plutôt que d’attendre seulement qu’un délai externe l’impose, est une stratégie que Scott et Bruce (1995) associent au fait de récupérer un peu de contrôle sur le processus. Il peut aussi être utile de se rappeler qu’une bonne partie des décisions sont réversibles ou corrigibles, même si cela mérite d’être évalué au cas par cas : la peur de « fermer la porte » ne reflète pas toujours le coût réel de se tromper.
La vallée de la déception : pourquoi il est facile d’éviter les décisions sans récompense immédiate
James Clear, dans Un rien peut tout changer (2018), décrit ce qu’il appelle la « vallée de la déception » : le moment où l’on a déjà investi de l’effort dans quelque chose, mais où les résultats ne sont pas encore visibles, car les progrès réels s’accumulent généralement en silence avant de se manifester de façon perceptible. Il explique que beaucoup de personnes abandonnent précisément à ce stade, non parce que l’effort ne fonctionne pas, mais parce qu’aucun signal externe ne le confirme encore. Ce même mécanisme aide à expliquer pourquoi il est si facile pour ce profil de repousser des décisions sans récompense immédiate en vue : décider a un coût qui se ressent immédiatement (le risque de fermer d’autres portes), tandis que le bénéfice d’avoir bien décidé met généralement du temps à apparaître, parfois des semaines ou des mois. Sans récompense visible qui compense immédiatement, reporter semble l’option la plus sûre, même si le coût accumulé de ne pas décider finit par être plus élevé que celui de n’importe quel choix concret. Clear insiste sur le fait que la vallée se traverse, elle ne s’évite pas, et que faire confiance au processus tant que les résultats ne sont pas encore visibles est précisément ce qui distingue celui qui persiste de celui qui abandonne trop tôt.
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Questions fréquentes
Repousser une décision est-il toujours négatif ?
Pas toujours : parfois attendre apporte des informations précieuses. Le problème apparaît quand la décision est repoussée même en ayant déjà tout ce qu'il faut pour décider avec des garanties raisonnables.
Ce style a-t-il un lien avec la procrastination ?
Oui, ils partagent un mécanisme : garder les options ouvertes évite le risque de s'engager envers un choix qui pourrait mal tourner, tout comme reporter une tâche évite le risque de la mal faire.
D'où vient ce modèle de styles de décision ?
Des travaux de Suzanne Scott et Reginald Bruce (1995), qui ont décrit cinq styles : rationnel, intuitif, dépendant, évitant et spontané.
En quoi se différencie-t-il du style dépendant ?
Le dépendant décide avec plus d'assurance s'il a un soutien externe ; l'évitant retarde la décision elle-même, que ce soutien soit disponible ou non.