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Relations et vie sociale

Pourquoi tout dire en couple n'est pas toujours un acte d'amour, selon Walter Riso

Par Rafa Personaramic5 min de lecture
Illustration minimaliste d'une porte entrouverte avec une ligne de séparation géométrique

« La sincérité est la base d’une bonne relation » est l’une des phrases les moins remises en question sur l’amour de couple. Walter Riso réunit plusieurs cas réels dans lesquels tout dire n’a renforcé aucune relation : elle l’a détruite.

Dans ¿Amar o depender? (2003), le psychologue Walter Riso consacre une partie de son ouvrage à ce qu’il appelle la territorialité affective : l’espace de réserve personnelle que, selon lui, toute relation saine a besoin de conserver. Pour défendre cette idée, un peu inconfortable face au discours habituel sur l’honnêteté totale, il recourt à plusieurs exemples concrets.

Le baiser qui a coûté cinq ans de paix

Une femme qui n’était pas particulièrement bien avec son mari a commencé à se sentir attirée par le meilleur ami de celui-ci. Il ne s’était jamais rien passé entre eux jusqu’à ce que, un soir avec quelques verres de trop, il lui donne un baiser qu’elle n’a pas repoussé.

Quelque temps après, pendant une thérapie de couple, dans un moment de sincérité totale, elle a avoué à la fois l’attirance (qui d’ailleurs diminuait déjà) et le baiser. Le résultat, selon Riso, a été très inégal entre les deux : elle s’est retrouvée en paix avec elle-même ; lui s’est retrouvé déprimé et profondément jaloux. Riso raconte que, cinq ans plus tard, quand son obsession se réactivait, il continuait à exiger plus de détails sur ce baiser. La question que pose l’auteur lui-même est directe : cela valait-il vraiment la peine de le dire ?

L’épargne secrète et la punition qui a suivi

Une autre femme, qui vendait des cosmétiques pour aider aux dépenses du foyer, a décidé d’ouvrir un compte personnel et de garder une petite partie de ses ventes, sur recommandation de sa mère et à cause de l’avarice de son mari. Ensuite, conseillée par un prêtre, elle a décidé d’avouer à son mari cette petite épargne non autorisée.

Riso résume la réaction par une phrase percutante : « Elle aurait mieux fait d’être emprisonnée ». Les représailles du mari sont allées de la confiscation de privilèges à l’humiliation publique. La sincérité, dans ce cas, n’a rien réparé : elle a simplement ouvert une nouvelle blessure.

L’attirance avouée qui a coûté un emploi

Un homme a commis l’erreur, selon Riso, d’avouer à son épouse qu’il ressentait encore quelque attirance pour une ancienne petite amie, déjà mariée, qui travaillait dans son entreprise. La conséquence a été si intense que, pour retrouver la paix chez lui, il a fini par démissionner de son travail.

La révélation qui a rompu des fiançailles

Une jeune femme sur le point de se marier, qui entretenait déjà des relations sexuelles fréquentes avec son fiancé, lui a avoué qu’il n’avait pas été le premier homme de sa vie. Le mariage, écrit Riso, s’est complètement effondré.

La conclusion, peu conventionnelle, de Walter Riso

Avec ces quatre exemples, Riso ne défend ni la tromperie ni le mensonge actif. Ce qu’il remet en question, c’est une idée très répandue : que toute transparence, sans nuance, améliore une relation. Son argument comporte plusieurs couches :

  • Partager chaque pensée, attirance passagère ou impulsion momentanée n’équivaut pas à être plus honnête : parfois cela équivaut simplement à transférer un poids émotionnel propre à l’autre personne, sans nécessité réelle.
  • La vie privée raisonnable, selon lui, n’est pas la même chose que le secret : c’est un espace propre qui ne menace pas la confiance partagée, tant qu’il n’implique pas de cacher des décisions qui affectent directement le couple.
  • Une fois qu’une information a été partagée, il n’y a aucun moyen de la retirer. Le dommage causé par la révélation peut être bien plus grand et plus durable que le bénéfice d’avoir « été sincère ».

Riso résume sa position par une distinction qui sépare deux choses que l’on confond souvent : « Une chose est de donner son cœur, une autre est de donner son cerveau ». C’est-à-dire qu’on peut aimer profondément quelqu’un sans que cela oblige à raconter à voix haute chaque pensée qui traverse l’esprit.

Quand parler compte vraiment

Rien de tout cela ne signifie, précise Riso lui-même, qu’il soit recommandé de cacher des informations pertinentes. La différence qu’il trace se situe dans le type d’information :

  • Les décisions partagées (argent du foyer, projets d’avenir, changements importants dans la relation) exigent bien une communication claire et sincère, proche de ce que décrit le profil de communication assertive.
  • Les pensées, doutes ou attirances ponctuelles sans conséquences réelles sur la relation relèvent, selon lui, d’une marge raisonnable de vie privée personnelle.

La question que Riso laisse ouverte, plus qu’une règle fixe, est utile en elle-même : avant de partager quelque chose avec son partenaire, se demander si cette confession cherche à soulager sa propre conscience ou apporte réellement quelque chose de constructif à la relation. Ce n’est pas toujours la même chose, et les confondre, comme le montrent ses cas, peut coûter très cher.

Une question différente de « dois-je le dire ? »

Riso suggère qu’au lieu de partir de la question « dois-je tout dire ? », il peut être plus utile de se demander quelle fonction remplirait cette confession précise. Dans les quatre cas décrits, celui qui confessait obtenait un soulagement immédiat, tandis que celui qui recevait la confession portait une information qu’il n’avait pas demandée et qui, dans aucun des quatre cas, n’a rien changé en mieux. Le coût et le bénéfice, souligne-t-il, ne se sont pas répartis équitablement entre les deux personnes.

Cela n’équivaut pas, insiste Riso, à promouvoir des relations fondées sur la dissimulation systématique. Cela équivaut à distinguer entre deux questions que l’on mélange souvent : « est-ce vrai ? » et « est-il utile de le partager maintenant, de cette façon, avec cette personne ? ». Seule la première question a toujours la même réponse.

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Questions fréquentes

Walter Riso recommande-t-il de cacher des informations à son partenaire ?

Pas en ces termes. Il distingue mentir activement et ne pas partager absolument chaque pensée ou impulsion passagère, ce qu'il appelle un espace de vie privée raisonnable au sein de la relation.

Cela contredit-il la recherche sur la communication assertive ?

Pas nécessairement. La communication assertive, comme celle décrite dans le profil de communication assertive, se concentre sur l'expression des besoins et désaccords réels de façon directe, non sur la verbalisation de chaque pensée fugace qui traverse l'esprit.

Les cas racontés par Riso sont-ils réels ?

Ils proviennent de sa pratique clinique de plus de vingt ans en tant que psychologue cognitivo-comportemental, présentés, comme il est habituel dans ce type de littérature, de façon anonymisée.

Comment distinguer une omission raisonnable d'une tromperie grave ?

Selon l'analyse de Riso, la différence réside dans le fait que l'information cachée affecte ou non des décisions importantes et partagées du couple, ou qu'il s'agisse d'une pensée ou d'une impulsion ponctuelle sans conséquences réelles sur la relation.