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Relations et vie sociale

Pourquoi tout dire en couple n'est pas toujours un acte d'amour, selon Walter Riso

Par la rédaction de Personaramic6 min de lecture
Illustration minimaliste d'une porte entrouverte avec une ligne de séparation géométrique

« La sincérité est la base d’une bonne relation » est l’une des phrases les moins remises en question sur l’amour en couple. Walter Riso réunit plusieurs cas réels dans lesquels tout dire n’a renforcé aucune relation : cela l’a détruite.

Dans ¿Amar o depender? (1999), le psychologue Walter Riso consacre une partie de son livre à ce qu’il appelle la territorialité affective : l’espace de réserve personnelle que, selon lui, toute relation saine a besoin de préserver. Pour défendre cette idée, un peu inconfortable face au discours habituel sur l’honnêteté totale, il s’appuie sur plusieurs exemples concrets.

Le baiser qui a coûté cinq ans de paix

Une femme qui n’allait pas particulièrement bien avec son mari a commencé à se sentir attirée par le meilleur ami de celui-ci. Il ne s’était jamais rien passé entre eux jusqu’à ce qu’un soir, après quelques verres de trop, il l’embrasse et qu’elle ne le repousse pas.

Quelque temps plus tard, lors d’un stage pour couples, dans un moment de sincérité totale, elle a avoué à la fois l’attirance (qui d’ailleurs diminuait déjà) et le baiser.

Le résultat, selon Riso, a été très inégal entre les deux : elle s’est retrouvée en paix avec elle-même ; lui s’est retrouvé déprimé et profondément jaloux.

Riso raconte que, cinq ans plus tard, quand son obsession se réveillait, il exigeait encore davantage de détails sur ce baiser.

La question que pose l’auteur lui-même est directe : cela valait-il vraiment la peine de le dire ?

L’épargne secrète et la punition qui a suivi

Une autre femme, qui vendait des cosmétiques pour aider aux dépenses du foyer, a décidé d’ouvrir un compte personnel et de garder une petite partie de ses ventes, sur le conseil de sa mère et en raison de l’avarice de son mari. Plus tard, conseillée par un prêtre, elle a décidé d’avouer à son mari cette petite épargne non autorisée.

Riso résume la réaction par une phrase cinglante :

Elle aurait mieux fait d’être en prison.

Les représailles du mari sont allées de la suppression de privilèges à l’humiliation publique. La sincérité, dans ce cas, n’a rien réparé : elle a simplement ouvert une nouvelle blessure.

L’attirance avouée qui a coûté un emploi

Un homme a commis l’erreur, selon Riso, d’avouer à sa femme qu’il ressentait encore une certaine attirance pour une ancienne petite amie, mariée depuis, qui travaillait dans la même entreprise que lui. La réaction a été si intense que, pour retrouver la paix à la maison, il a fini par démissionner.

La révélation qui a rompu des fiançailles

Une jeune femme sur le point de se marier, qui avait déjà des relations sexuelles fréquentes avec son fiancé, lui a avoué qu’il n’avait pas été le premier homme de sa vie. Le mariage, écrit Riso, a été complètement annulé.

La conclusion, peu conventionnelle, de Walter Riso

Avec ces quatre exemples, Riso ne défend ni la tromperie ni le mensonge actif. Ce qu’il remet en question, c’est une idée très répandue : que toute transparence, sans nuance, améliore une relation. Son argument comporte plusieurs niveaux :

  • Partager chaque pensée, attirance passagère ou impulsion momentanée n’équivaut pas à être plus honnête : parfois, cela revient simplement à transférer un poids émotionnel personnel à l’autre, sans réelle nécessité.
  • Une vie privée raisonnable, selon lui, n’est pas la même chose que le secret : c’est un espace à soi qui ne menace pas la confiance partagée, tant qu’il n’implique pas de cacher des décisions qui concernent directement le couple.
  • Une fois une information partagée, il n’y a aucun moyen de la reprendre. Le tort causé par la révélation peut être bien plus grand et plus durable que le bénéfice d’avoir « été sincère ».

Riso résume sa position par une distinction qui sépare deux choses que l’on confond souvent :

Donner son cœur est une chose, donner son cerveau en est une autre.

On peut aimer profondément quelqu’un sans être obligé de raconter à voix haute chaque pensée qui traverse l’esprit.

Quand parler compte vraiment

Rien de tout cela ne signifie, précise Riso, qu’il soit souhaitable de cacher des informations importantes. La différence qu’il trace porte sur le type d’information :

  • Les décisions partagées (argent du foyer, projets d’avenir, changements importants dans la relation) exigent bel et bien une communication claire et sincère, proche de ce que décrit le profil de communication assertive.
  • Les pensées, doutes ou attirances ponctuels sans conséquences réelles sur la relation relèvent, selon lui, d’une marge raisonnable de vie privée.

À quoi sert une confession

Au lieu de partir de la question « dois-je tout dire ? », Riso en propose une autre : à quoi servirait cette confession précise. Cherche-t-elle à soulager sa propre conscience ou apporte-t-elle quelque chose à la relation ? Dans ses quatre cas, la personne qui avouait obtenait un soulagement immédiat, tandis que celle qui recevait l’aveu portait une information qu’elle n’avait pas demandée et qui n’a rien changé en mieux. Le coût et le bénéfice ne se sont pas répartis équitablement.

Cela ne revient pas, insiste Riso, à promouvoir des relations fondées sur la dissimulation systématique. Cela revient à distinguer deux questions que l’on mélange souvent : « est-ce vrai ? » et « est-il utile de le partager maintenant, de cette façon, avec cette personne ? ». La première porte sur les faits ; la seconde, sur l’effet de les dire.

Ce que dit la recherche sur la révélation de soi dans le couple

La thèse de Riso a besoin d’un contrepoids, car la recherche ne soutient pas l’idée inverse, selon laquelle se taire serait en général le plus sain. Le modèle de l’intimité comme processus interpersonnel le montre bien. Dans une étude fondée sur des journaux d’interactions, Laurenceau, Barrett et Pietromonaco (1998) ont constaté que l’intimité ressentie dans une conversation dépend de sa propre révélation et de celle de l’autre, et que la révélation d’émotions pèse davantage que celle de simples faits. L’effet passait en partie par un facteur clé : le sentiment que l’autre personne répond avec compréhension et attention.

Cette nuance explique pourquoi les cas de Riso ont mal tourné. Ce n’est pas la sincérité en soi qui a échoué, mais la réponse : une jalousie qui resurgissait cinq ans plus tard, des punitions, un mariage annulé. La revue de Kelly et McKillop (1996) sur les conséquences de la révélation de secrets arrive à une conclusion proche : confier quelque chose d’intime peut soulager et faire du bien à la personne qui le confie, mais une bonne partie de ce bénéfice dépend de la réaction de celle qui écoute, et une réaction de rejet peut laisser la personne dans un état pire qu’avant.

Lus ensemble, Riso et la recherche s’accordent sur quelque chose de plus utile que « tout dire » ou « se taire » : la confiance se construit dans des relations où ce qui est révélé reçoit une réponse, pas dans l’inventaire complet de chaque pensée. Reconnaître son propre style de communication aide à voir comment cette part se joue dans chaque conversation.

Sources

  • Riso, W. (1999). ¿Amar o depender?. Norma.
  • Laurenceau, J.-P., Barrett, L. F. et Pietromonaco, P. R. (1998). Intimacy as an interpersonal process: The importance of self-disclosure, partner disclosure, and perceived partner responsiveness in interpersonal exchanges. Journal of Personality and Social Psychology, 74(5), 1238-1251. https://doi.org/10.1037/0022-3514.74.5.1238
  • Kelly, A. E. et McKillop, K. J. (1996). Consequences of revealing personal secrets. Psychological Bulletin, 120(3), 450-465. https://doi.org/10.1037/0033-2909.120.3.450

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Questions fréquentes

Walter Riso recommande-t-il de cacher des informations à son partenaire ?

Pas en ces termes. Il distingue mentir activement et ne pas partager absolument chaque pensée ou impulsion passagère, ce qu'il appelle un espace de vie privée raisonnable au sein de la relation.

Cela contredit-il la recherche sur la communication assertive ?

Pas nécessairement. La communication assertive, comme celle décrite dans le profil de communication assertive, se concentre sur l'expression des besoins et désaccords réels de façon directe, non sur la verbalisation de chaque pensée fugace qui traverse l'esprit.

Les cas racontés par Riso sont-ils réels ?

Riso les présente comme des cas issus de sa pratique clinique de psychologue d'orientation cognitivo-comportementale, décrits, comme il est habituel dans ce type de littérature, de façon anonymisée.

Comment distinguer une omission raisonnable d'une tromperie grave ?

Selon l'analyse de Riso, la différence réside dans le fait que l'information cachée affecte ou non des décisions importantes et partagées du couple, ou qu'il s'agisse d'une pensée ou d'une impulsion ponctuelle sans conséquences réelles sur la relation.