Procrastinateur évitant : quand repousser protège de la peur d'échouer
Le procrastinateur évitant ne repousse pas par paresse, mais comme façon de se protéger de la peur d’échouer ou que d’autres jugent le résultat.
Ici, la tâche elle-même n’est généralement pas le problème : c’est la possibilité de ne pas être à la hauteur de ce qui est attendu, par soi-même ou par les autres.
Le type évitant de Ferrari et la peur du jugement
Joseph Ferrari a identifié ce type au sein de sa classification de la procrastination comme le profil évitant : des personnes qui retardent spécifiquement les tâches chargées de jugement ou d’évaluation, pas celles qui les ennuient simplement. La logique, même si elle semble contre-intuitive, est cohérente : tant qu’une chose n’est pas terminée, elle ne peut pas complètement échouer, donc la repousser garde vivante la possibilité qu’elle aurait bien tourné. Piers Steel souligne dans sa méta-analyse sur la procrastination que la faible confiance en ses propres capacités (auto-efficacité) est l’un des prédicteurs les plus constants de ce type de retard, plus encore que la difficulté réelle de la tâche.
Ce qui se remarque dans le schéma évitant
- On repousse surtout les tâches visibles ou évaluées, tandis que les travaux routiniers et sans jugement externe avancent sans problème.
- Le malaise apparaît avant de commencer, pas pendant : une fois dans la tâche, elle coûte généralement moins que ce qui était craint.
- Autocritique élevée : le discours intérieur tend à anticiper l’échec avant même d’avoir commencé.
- Un soulagement immédiat à repousser, qui renforce le schéma à court terme même s’il augmente l’anxiété à moyen terme.
S’adresser à la peur, pas seulement à la tâche
Ce qui entretient ce schéma n’est pas la tâche, c’est la peur qui lui est associée : Steel (2007) avance que s’adresser directement à la peur peut mieux fonctionner que d’essayer de « s’obliger » à travailler. Commencer par une version délibérément imparfaite, sans chercher à ce que la première version soit déjà la bonne, pourrait enlever un peu de pression. Nommer explicitement la peur concrète (« je m’inquiète qu’on pense que je ne suis pas à la hauteur ») plutôt que de la laisser floue est une autre idée mentionnée dans ce sens, avec la logique que la mettre en mots pourrait en réduire le poids.
Redessiner l’environnement plutôt que forcer la volonté
James Clear, dans Un rien peut tout changer (2018), soutient une idée qui correspond bien à ce schéma : l’environnement façonne le comportement de manière plus fiable que la volonté. Pour le profil évitant, une bonne partie du blocage se produit avant même de s’asseoir pour travailler, au moment de décider s’il faut ouvrir ou non le document qui fait peur. Clear propose de réduire la friction vers ce que l’on veut faire et de l’augmenter vers ce que l’on veut éviter de faire à la place : laisser le document déjà ouvert à l’écran en terminant la veille, ranger son téléphone hors de vue pendant le créneau de travail, ou fermer les onglets qui offrent une échappatoire facile. Aucun de ces gestes n’attaque directement la peur du jugement que décrit ce profil, mais ils réduisent le nombre de décisions conscientes nécessaires pour commencer, ce qui est précisément là où l’évitement trouve le plus d’espace pour s’infiltrer. Moins vous avez à décider activement « je vais affronter cela maintenant », moins la peur a d’occasions de gagner cette décision.
Si ce qui vous concerne n’est pas tant la peur d’échouer que de ne pas savoir par où commencer, consultez le profil procrastinateur indécis. Vous pouvez retrouver votre résultat complet dans le test Suis-je procrastinateur ?.
Vous voulez en savoir plus sur vous ?
Découvrez votre résultat avec l'un de nos tests associés.
Questions fréquentes
Pourquoi quelqu'un qui veut réellement bien faire la tâche procrastine-t-il ?
Précisément pour cette raison : plus le résultat compte, plus la peur que cela tourne mal ou d'être jugé est grande, et repousser devient une façon (peu efficace, mais réelle) d'éviter cette peur un peu plus longtemps.
La procrastination évitante apparaît-elle aussi avec la peur du succès ?
Oui, dans certains cas : on ne craint pas seulement d'échouer, on craint aussi de se démarquer ou de générer des attentes plus élevées pour la prochaine fois. La motivation de fond est la même : éviter d'être exposé.
En quoi se différencie-t-il du procrastinateur activateur ?
L'activateur retarde pour ressentir l'adrénaline de l'échéance ; l'évitant retarde pour ne pas encore affronter la possibilité d'échouer ou d'être jugé.
Baisser le niveau d'exigence aide-t-il ?
Selon Steel (2007), cela peut effectivement influer : partir d'un brouillon imparfait, sans la pression que ce soit parfait du premier coup, s'associe à moins de peur liée à la tâche, même si l'effet varie selon la personne et la situation.