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Relations et vie sociale

Communication passive-agressive : le malaise dit sans le dire

Par la rédaction de Personaramic4 min de lecture
Illustration minimaliste avec le mot PASSIF-AGRESSIVE dans un badge géométrique

La communication passive-agressive dit ce que la communication passive n’ose pas dire, mais de façon indirecte plutôt qu’ouverte.

Cet article fait partie d’une série de vulgarisation sur le style de communication, fondée sur la théorie classique de l’assertivité. Sa lecture a une visée informative et ne remplace pas l’accompagnement d’un professionnel de la psychologie.

Un entre-deux inconfortable

Robert Alberti et Michael Emmons, dans Your Perfect Right (1970), décrivaient trois formes de comportement : non assertif, agressif et assertif. Le style passif-agressif est un ajout ultérieur de nombreux modèles de vulgarisation, qui en font une quatrième catégorie parce qu’il mêle des traits des deux premières.

L’expression venait d’ailleurs : elle est née comme étiquette psychiatrique dans la nomenclature du Département de la Guerre des États-Unis en 1945, avant de passer dans le premier DSM. Elle n’est plus considérée aujourd’hui comme un trouble à part entière ; dans le langage courant, elle décrit une manière de communiquer.

Ce style occupe une place particulière : il n’est pas aussi silencieux que le passif pur, mais pas non plus aussi direct que l’agressif. Il apparaît généralement quand exprimer le désaccord ouvertement n’a pas semblé sûr par le passé, mais que le taire complètement n’était pas non plus supportable.

Le résultat est un compromis : le malaise se communique, mais de façon indirecte (un silence chargé, une remarque ironique, un geste) plutôt que d’être nommé avec clarté.

C’est différent de la communication agressive, qui nomme bien le désaccord, mais sans se soucier de la façon dont il atterrit chez l’autre.

Comment cela se manifeste

  • Vous montrez votre agacement par des gestes ou des silences plutôt que par des mots.
  • Vous acceptez quelque chose que vous ne voulez pas vraiment faire, puis vous le laissez paraître de façon indirecte.
  • Vous utilisez l’ironie ou le sarcasme pour signaler quelque chose qui vous a dérangé, au lieu de le dire directement.
  • Vous attendez que l’autre personne « s’en rende compte » sans avoir à l’expliquer vous-même.

Pourquoi les sous-entendus ne fonctionnent généralement pas

Le problème central de ce style est qu’il compte sur le fait que l’autre va correctement interpréter des signaux qui, vus de l’extérieur, ne sont presque jamais aussi clairs qu’ils le paraissent de l’intérieur.

Ce qui pour vous est un silence manifestement chargé de sens peut passer complètement inaperçu pour l’autre personne, ou être pris pour de la fatigue, de la distraction ou autre chose. Le message qu’on voulait transmettre, « ça m’a dérangé », n’arrive souvent tout simplement pas.

Le coût à long terme

Quand ce schéma se répète, il crée une dynamique frustrante pour les deux parties : celui qui le pratique sent que ses signaux sont ignorés encore et encore, et celui qui les reçoit perçoit un malaise constant sans savoir d’où il vient ni comment l’aborder.

Avec le temps, cela peut user la confiance plus qu’un désaccord direct et réglé sur le moment.

Le même reproche, trois façons de le dire

Un exemple du quotidien : quelqu’un arrive en retard pour la troisième fois à un dîner qui a demandé beaucoup d’organisation.

  • Passive-agressive : « Mais non, pas de souci, on a l’habitude de t’attendre. » Dit avec un sourire, le reproche reste en suspens sans être assumé.
  • Agressive : « Tu es une catastrophe, toujours pareil. » Le malaise est nommé, mais il devient une attaque contre la personne.
  • Assertive : « Ça m’a contrarié d’attendre presque une heure ; la prochaine fois, préviens-moi si tu as du retard. » Elle décrit le fait, dit ce qu’on ressent et demande quelque chose de concret.

La troisième correspond à ce que le psychologue Thomas Gordon, dans Parent Effectiveness Training (1970), a appelé message à la première personne (« message je ») : parler de ce qu’on vit plutôt que coller une étiquette à l’autre. « Ça ne m’a pas fait plaisir » dit en six mots ce qu’une heure de silence tente de communiquer sans y parvenir tout à fait.

Pourquoi c’est du « masquage » et non du silence pur

Kerry Patterson, Joseph Grenny, Ron McMillan et Al Switzler, dans Conversations cruciales (2002), appellent « masquage » cette forme de silence qui consiste à laisser entendre l’opinion réelle sans jamais la dire complètement : l’ironie, la remarque qui adoucit artificiellement le malaise, le détour qui signale que quelque chose ne va pas sans le nommer clairement.

C’est cette qualité qui distingue le style passif-agressif aussi bien du silence pur que de l’agression ouverte : techniquement, quelque chose est dit (un geste, une phrase, un ton), mais ce quelque chose est conçu pour que l’autre doive l’interpréter au lieu de le recevoir directement.

Les auteurs soulignent que cette forme intermédiaire surgit généralement parce que dire son opinion ouvertement a semblé risqué à un moment donné ; le masquage est l’issue à ce conflit intérieur, même s’il ne résout presque jamais le problème de fond qui l’a fait naître.

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Sources

  • Alberti, R. E. et Emmons, M. L. (1970). Your Perfect Right. Impact Publishers.
  • Gordon, T. (1970). Parent Effectiveness Training.
  • Patterson, K., Grenny, J., McMillan, R. et Switzler, A. (2002). Crucial Conversations: Tools for Talking When Stakes Are High. McGraw-Hill.

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Questions fréquentes

Pourquoi j'utilise l'ironie au lieu de dire directement ce qui me dérange ?

C'est généralement un compromis : exprimer le désaccord de façon directe n'a pas semblé sûr, mais le taire complètement n'était pas non plus supportable. L'ironie témoigne du malaise sans assumer le risque de le nommer.

Est-ce la même chose qu'être rancunier ?

Pas exactement. Cela décrit une façon de communiquer le désaccord de manière indirecte, pas nécessairement de garder rancune à long terme, même si les deux peuvent coïncider.

Pourquoi l'autre personne ne capte-t-elle pas les sous-entendus ?

Parce que les signaux indirects sont rarement aussi clairs qu'ils le paraissent de l'intérieur. Ce qui vous semble évident peut passer totalement inaperçu pour l'autre.

Comment commencer à communiquer de façon plus directe ?

La théorie de l'assertivité décrit comme étape centrale le fait de nommer le malaise dès qu'il apparaît, par une phrase brève à la première personne (« ça ne m'a pas fait plaisir »), plutôt que d'attendre qu'il s'accumule et ressorte sous forme de sous-entendus.

Être passif-agressif, est-ce un trouble ?

Non. Le terme est employé ici comme étiquette d'un style de communication. Il a existé comme diagnostic de personnalité dans les manuels psychiatriques du XXe siècle, mais le DSM actuel ne le retient plus comme trouble à part entière.