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Relations et vie sociale

Le détective privé qu'un mari jaloux a engagé pour surveiller son épouse, et avec qui elle a fini par partir

Par la rédaction de Personaramic5 min de lecture
Illustration minimaliste d'un œil géométrique à l'intérieur d'une serrure

Un homme de cinquante-deux ans, craignant que son épouse, de quinze ans sa cadette, ne le trompe, a mis en place chez lui un système de surveillance avec détectives, enregistrements et interdictions. La fin de l’histoire, racontée par Walter Riso lui-même, dément de la façon la plus directe l’idée que contrôler, c’est s’assurer.

Dans ¿Amar o depender? (1999), le psychologue Walter Riso décrit l’un des schémas mentaux qui, selon son analyse, soutiennent une bonne partie des attachements affectifs problématiques : l’illusion de permanence, c’est-à-dire la croyance qu’une relation peut devenir complètement sûre et stable si on la contrôle suffisamment.

Un mariage transformé en opération de surveillance

Le cas qu’il utilise pour l’illustrer est celui d’un homme divorcé et remarié, avec une épouse de quinze ans plus jeune. Avec le temps, sa jalousie a dérivé vers ce que Riso décrit, sans détour, comme « un KGB miniature, personnalisé et fait maison » :

  • recours à des détectives privés,
  • enregistrements,
  • interdictions en tout genre
  • et, parfois, des coups.

Il faut appeler les choses par leur nom : surveiller, interdire et frapper, ce n’est pas une jalousie poussée trop loin, c’est de la violence conjugale. La recherche décrit ce schéma comme du contrôle coercitif (Stark, 2007) : une forme de domination qui cherche à soumettre l’autre en rognant sa liberté jour après jour, avec ou sans agressions physiques.

Quand son épouse osait suggérer le moindre désaccord, il répondait par une phrase qui résume bien le fond de l’affaire : « Tu ne vaux pas grand-chose », une façon indirecte de dire « tu vaux moins que moi ».

L’objectif de fond, selon Riso, n’était pas tant l’amour que la certitude : il voulait la garantie qu’elle ne partirait jamais, peu importe que cette permanence repose sur l’affection ou sur la peur.

La soumission qui, en réalité, était autre chose

Riso fait une observation clinique importante sur ce cas : la soumission apparente de l’épouse n’était pas une forme d’attachement, mais une stratégie de survie face à quelqu’un qu’elle percevait, à raison, comme dangereux.

Elle voulait quitter la relation et attendait le bon moment pour le faire, ce qui est très différent de la dépendance affective dont souffrait son mari.

Cette nuance compte dans la théorie de Riso : toute permanence au sein d’une relation difficile n’est pas de l’attachement. Parfois, c’est du calcul, de la patience, ou simplement l’attente d’une vraie occasion de partir sans risque.

Le dénouement que personne n’avait prévu

Toute cette machinerie de contrôle, écrit Riso, n’était qu’une façade sans grand fondement réel : le mari était, au fond, bien plus faible que son épouse.

Et comme c’est souvent le cas avec ce type de stratégies, selon l’auteur lui-même, la surveillance constante a fini par provoquer exactement ce qu’elle prétendait empêcher.

L’épouse a fini par le quitter pour un autre homme. Le détail sur lequel Riso clôt le cas, c’est l’identité de cet homme : le détective privé que son mari avait engagé pour l’espionner.

Riso le résume par le proverbe « personne ne sait pour qui il travaille » : le système monté pour la retenir est, au bout du compte, celui qui l’a mise en contact avec l’homme avec qui elle est partie.

Ce que Bouddha en disait, quelque 2 500 ans plus tôt

Riso inscrit ce schéma d’« illusion de permanence » dans un enseignement attribué à Bouddha, lié à ce que le bouddhisme appelle la Deuxième Noble Vérité : l’attachement comme origine de la souffrance. L’idée centrale, résumée, est la suivante :

  • S’accrocher à quelque chose de transitoire engendre le malheur, car tôt ou tard, ce à quoi l’on s’accroche change ou disparaît.
  • Plus on tente de fixer et de contrôler ce qui, par nature, est incertain, plus cette tentative engendre de souffrance.
  • Le paradoxe, selon Riso reprenant cette idée, est que la peur de perdre quelque chose tend à précipiter sa perte, au lieu de l’éviter.

Pourquoi ce cas, bien qu’extrême, reste utile

Peu de personnes en arrivent à organiser chez elles un système de surveillance comme celui que décrit Riso.

Mais le mécanisme de fond (vouloir transformer une relation en quelque chose d’absolument garanti et sans risque) est, selon son expérience clinique, bien plus courant sous des formes plus petites et moins visibles :

  • Consulter systématiquement le téléphone ou les réseaux sociaux de l’autre, et non ponctuellement.
  • Avoir besoin de savoir à tout moment où se trouve son partenaire et avec qui.
  • Exiger des explications constantes pour la moindre absence ou le moindre retard.
  • Interpréter la plus petite distance comme le signe que quelque chose ne va pas.

Aucun de ces comportements, souligne Riso, n’apporte la sécurité qu’il promet. Au contraire : plus on les pratique, plus la confiance réelle se fragilise entre les deux personnes, car la relation se met à reposer sur la surveillance et non sur le lien lui-même.

Si l’un d’eux vous semble familier, le test de jalousie aide à situer à quel point votre propre schéma ressemble à celui du mari de cette histoire. Et si une relation comporte surveillance, interdictions ou coups, il ne s’agit plus de jalousie mais de violence : en France, le 3919 écoute gratuitement et anonymement les femmes victimes de violences (en Espagne, c’est le 016).

Le cas du mari et du détective fonctionne comme une version extrême et nette de quelque chose qui, à moindre dose, apparaît dans de nombreuses relations : l’idée que contrôler davantage revient à s’assurer davantage.

L’histoire que raconte Riso suggère exactement le contraire. C’est le même paradoxe qui apparaît, dans une autre tradition, dans l’énumération d’Erich Fromm des fausses solutions historiques à l’angoisse de se sentir séparé : aucune stratégie de contrôle ne résout, au fond, la peur qui l’a fait naître.

Sources

  • Riso, W. (1999). ¿Amar o depender?. Norma.
  • Stark, E. (2007). Coercive Control: How Men Entrap Women in Personal Life. Oxford University Press.

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Questions fréquentes

Walter Riso présente-t-il ce cas comme quelque chose d'habituel ?

Il le présente comme un exemple extrême d'un schéma qu'il décrit, lui, comme fréquent dans sa pratique clinique : la fameuse « illusion de permanence », et non comme un avertissement selon lequel toute jalousie finirait ainsi.

Les citations de Bouddha qui apparaissent dans le livre sont-elles littérales ?

Riso les présente comme des enseignements attribués à Bouddha sur l'attachement et l'impermanence, en lien avec la Deuxième Noble Vérité du bouddhisme (l'origine de la souffrance réside dans l'attachement ou le désir ardent). Comme pour toute tradition orale vieille de plus de deux mille ans, la formulation exacte varie selon la traduction et la source.

Riso suggère-t-il qu'il ne faut jamais s'inquiéter de perdre un partenaire ?

Non. Il distingue le désir naturel qu'une relation dure, qu'il considère sain, du besoin angoissé de contrôler cette permanence, qu'il décrit comme l'origine du comportement problématique dans ce cas.

Qu'est-ce que « l'illusion de permanence » dans la théorie de Riso ?

La croyance qu'une relation peut devenir stable et sûre pour toujours si on la contrôle suffisamment, alors qu'en réalité, selon son analyse, aucune relation affective ne vient avec cette garantie.