Exécutant proactif : agir avant d'avoir le plan parfait
Le style exécutant proactif préfère agir au plus vite : il prend l’initiative rapidement et apprend en faisant, plus qu’en planifiant à l’excès.
« Exécutant proactif » est le nom que donne à ce profil le test de mon style entrepreneurial. Ce n’est ni une catégorie clinique ni un type officiel : il décrit une préférence. Derrière elle se trouvent deux courants de recherche bien réels, qu’il vaut mieux ne pas confondre.
Deux proactivités : celle de l’entreprise et celle de la personne
Le premier est l’orientation entrepreneuriale, un concept qui mesure des entreprises, pas des personnes. Danny Miller (1983) a défini l’entreprise entrepreneuriale comme celle qui innove, prend des risques et bouge avant ses concurrents. Jeffrey Covin et Dennis Slevin (1989) ont transformé ces trois dimensions (innovation, proactivité et prise de risque) en une échelle, et Lumpkin et Dess (1996) en ont ajouté deux autres : l’autonomie et l’agressivité concurrentielle.
Pour ces auteurs, une entreprise proactive anticipe la demande future au lieu de réagir à ce que font les autres. Une méta-analyse de Rauch, Wiklund, Lumpkin et Frese (2009), portant sur 51 études et plus de 14 000 entreprises, a trouvé une corrélation de 0,24 entre orientation entrepreneuriale et résultats : modérée, et assez stable d’un pays à l’autre.
Le second courant mesure bien la personne. Thomas Bateman et Michael Crant (1993) ont proposé la personnalité proactive : une tendance relativement stable à modifier son environnement plutôt qu’à simplement s’y adapter. Dans leur étude d’origine, les scores de l’échelle étaient liés au besoin d’accomplissement, au type de réussites personnelles que racontaient les participants et au fait que leurs pairs les désignent comme leaders.
L’exécutant proactif du test est bien plus proche de cette seconde idée : quelqu’un qui, face à une occasion, préfère avancer ses pions.
Ce que l’on sait de la personnalité proactive
La méta-analyse de Bryan Fuller et Laura Marler (2009) a réuni 313 corrélations issues de 107 études. La personnalité proactive y apparaissait associée à la réussite professionnelle, objective comme subjective (la satisfaction à l’égard de sa propre carrière), ainsi qu’à la performance au travail.
Deux nuances comptent pour bien lire le résultat :
- Ce n’est pas la même chose que les traits du Big Five. Bateman et Crant ont comparé leur échelle aux cinq grands traits et l’ont présentée comme une disposition à part entière : l’initiative de changer les circonstances.
- Ce n’est pas de l’impulsivité. La personne proactive agit tôt, mais avec une intention. La personne impulsive agit sans anticiper les conséquences. Le test de ce site ne mesure pas la seconde.
Au quotidien
- Face à un nouveau projet, elle préfère sortir une première version en une semaine et la corriger avec ce qu’elle observe, plutôt que de passer un mois à peaufiner le plan.
- Elle repère les occasions et agit rapidement, avant que d’autres ne le fassent.
- Elle apprend en ajustant en cours de route plutôt qu’en anticipant chaque scénario possible.
- Elle tolère bien la marge d’erreur qu’implique le fait d’aller vite.
Un exemple parlant : une personne qui veut lancer un petit service traiteur ne commande pas d’étude de marché. Elle cuisine pour trois événements organisés par des proches, note quels plats partent en premier et combien de temps chacun lui demande, et fixe ses premiers prix à partir de ces données. En trois week-ends, elle a appris ce qu’un plan ne lui aurait donné que sous forme d’hypothèse.
Planifier ou se lancer : ce que disent les données
La question de savoir s’il vaut mieux planifier longuement ou se lancer tôt a été étudiée. Brinckmann, Grichnik et Kapsa (2010) ont mené une méta-analyse sur le lien entre planification et résultats dans les petites entreprises. La planification aidait en général, mais son effet dépendait du contexte, surtout de l’ancienneté de l’entreprise et de l’environnement culturel. Les auteurs concluaient en proposant de combiner planification et apprentissage, en même temps et avec souplesse.
C’est une conclusion confortable pour l’exécutant proactif : sa manière d’apprendre en faisant n’est pas en contradiction avec les données, à condition qu’il y ait un moment où ce qui a été appris est recueilli.
L’angle mort de la vitesse
La rapidité d’exécution est un véritable atout, mais sans aucun moment de bilan, elle peut conduire à répéter les mêmes erreurs faute de s’arrêter pour les analyser.
Un outil qui convient à ce profil, parce qu’il est bref, est le pre-mortem décrit par le psychologue Gary Klein (2007) : avant de commencer, l’équipe imagine que le projet a déjà échoué et écrit pourquoi. Klein s’appuie sur la recherche consacrée à la « rétrospection prospective » de Mitchell, Russo et Pennington (1989), et présente l’exercice comme un moyen de faire émerger des doutes que personne n’ose formuler une fois le projet lancé.
Exécuter dans l’incertitude : l’histoire de Nike
Phil Knight raconte dans ses mémoires Shoe Dog (2016) comment l’entreprise qui allait devenir Nike a grandi pendant des années avec une marge financière très faible : il importait des chaussures japonaises grâce à des prêts bancaires tendus au maximum, renégociait sans cesse avec fournisseurs et banques, et prenait des décisions sans toute l’information qu’il aurait souhaité avoir.
C’est un récit autobiographique, pas une étude, et il porte le biais de celui qui raconte l’histoire qui a bien tourné. Il illustre pourtant ce qui sépare ce profil de l’impulsivité : Knight agissait vite, mais corrigeait le cap avec ce qu’il apprenait, au lieu d’attendre une certitude que l’affaire n’allait pas lui offrir.
Notre lecture : l’action précoce ne remplace pas l’apprentissage, elle l’accélère.
Cet article décrit un trait de personnalité, pas un conseil d’affaires : pour des décisions engageant de l’argent réel, l’avis d’un professionnel qualifié reste nécessaire.
Complémentaire à d’autres styles
Ce style s’accorde très bien avec l’innovateur, qui apporte les idées que l’exécutant proactif transforme en action concrète. Le stratège prudent offre le contrepoids de planification qui peut lui éviter des faux pas évitables.
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Sources
- Bateman, T. S. et Crant, J. M. (1993). The proactive component of organizational behavior: A measure and correlates. Journal of Organizational Behavior, 14(2), 103-118. https://doi.org/10.1002/job.4030140202
- Brinckmann, J., Grichnik, D. et Kapsa, D. (2010). Should entrepreneurs plan or just storm the castle? A meta-analysis on contextual factors impacting the business planning-performance relationship in small firms. Journal of Business Venturing, 25(1), 24-40. https://doi.org/10.1016/j.jbusvent.2008.10.007
- Covin, J. G. et Slevin, D. P. (1989). Strategic management of small firms in hostile and benign environments. Strategic Management Journal, 10(1), 75-87.
- Fuller, B. et Marler, L. E. (2009). Change driven by nature: A meta-analytic review of the proactive personality literature. Journal of Vocational Behavior, 75(3), 329-345. https://doi.org/10.1016/j.jvb.2009.05.008
- Klein, G. (2007). Performing a project premortem. Harvard Business Review, 85(9), 18-19.
- Knight, P. (2016). Shoe Dog: A Memoir by the Creator of Nike. Scribner.
- Lumpkin, G. T. et Dess, G. G. (1996). Clarifying the entrepreneurial orientation construct and linking it to performance. Academy of Management Review, 21(1), 135-172. https://doi.org/10.2307/258632
- Miller, D. (1983). The correlates of entrepreneurship in three types of firms. Management Science, 29(7), 770-791. https://doi.org/10.1287/mnsc.29.7.770
- Mitchell, D. J., Russo, J. E. et Pennington, N. (1989). Back to the future: Temporal perspective in the explanation of events. Journal of Behavioral Decision Making, 2(1), 25-38. https://doi.org/10.1002/bdm.3960020103
- Rauch, A., Wiklund, J., Lumpkin, G. T. et Frese, M. (2009). Entrepreneurial orientation and business performance: An assessment of past research and suggestions for the future. Entrepreneurship Theory and Practice, 33(3), 761-787. https://doi.org/10.1111/j.1540-6520.2009.00308.x
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Questions fréquentes
Agir aussi vite, n'est-ce pas risqué ?
Cela peut l'être si ce n'est pas combiné avec un peu de réflexion. Ce style apprend en faisant, ce qui est une vraie force, et la recherche sur la planification dans les petites entreprises suggère que l'alliance du plan et de l'apprentissage en cours de route fonctionne mieux que l'un ou l'autre isolément.
La proactivité, est-ce la même chose que l'impulsivité ?
Non. Dans l'échelle de personnalité proactive de Bateman et Crant (1993), être proactif signifie chercher à modifier son environnement plutôt que de s'y adapter. L'impulsivité, elle, se définit par le fait d'agir sans penser aux conséquences. Une personne peut être très proactive et pas du tout impulsive.
Le style exécutant proactif est-il un type officiel de la psychologie ?
Non. C'est une étiquette du test de style entrepreneurial de ce site. Elle s'inspire de la proactivité, l'une des dimensions de l'orientation entrepreneuriale, et de la personnalité proactive, qui sont, elles, des construits étudiés.